Terrorisme, un bisness qui rapporte

Chronique parue dans l ‘Espresso en janvier 2011 Par Tahar Ben Jelloun

30.01.2011
 

Un ministre français de l’intérieur a déclaré un jour devant des journalistes : « Nous allons terroriser les terroristes » ! Belle formule, mais sans effet et surtout impossible à mettre en pratique. Le propre du terrorisme c’est d’avancer masqué, semant la terreur au sein de la population et commettant des crimes qui souvent restent impunis. Il met à profit la démocratie pour mieux commettre ses crimes.

Aujourd’hui la France (qui a encore 8 citoyens en otages dans le monde) a cru bon de déclarer la guerre ouverte aux preneurs d’otages et à leurs assassins. Le rapt de deux jeunes français le 7 janvier dans un café du Niger a été suivi immédiatement par une action militaire française qui a abouti à la mort des otages et de ceux qui les ont enlevés. Cette stratégie est d’une efficacité douteuse. Certes, on tue des terroristes, mais d’autres prennent le relai car la prise d’otages des Occidentaux est devenue un bisness assez lucratif. Les Italiens en savent quelque chose. Tous les gouvernements ont négocié et payé des rançons. Mais ils ne le disent pas, sous entendu pour ne pas encourager d’autres prises d’otages. C’est une question de millions d’Euros. Ce n’est pas négligeable. Evidemment, le crime est enrobé de discours idéologique à consonance religieuse. Mais que ce soit le Sahel, le désert algérien, ou des pays en guerre comme l’Afghanistan et aussi le Pakistan, ils sont tous devenus des territoires pour le trafic de drogues et des armes, pour gagner des millions en prenant des otages qui ne sont liés en rien à ce qui se passe dans ces régions.

Comme les pirates qui ont commencé à s’attaquer à des bateaux au large de la Somalie, les terroristes d’Al Qaïda ou de sa branche maghrébine Aqmi, ne se battent pas pour des idéaux et des valeurs. Ils sont livrés à eux-mêmes en vue de s’enrichir par le vol, le crime et le chantage. Il existe une différence entre ceux qui posent une bombe dans une mosquée ou dans une église en Irak ou à Alexandrie (guerre menée contre des Chrétiens), et ceux qui font des rapts en demandant des rançons. De toute façon, le résultat est le même : des innocents meurent et les Etats structurés sont impuissants face à ces massacres.

Comment lutter contre ces faits de plus en plus fréquents ? Certainement pas en s’attaquant de manière frontale à ces criminels. Le plus ridicule dans tout cela c’est que les citoyens qui prennent l’avion sont fouillés de manière systématique et exagérée. On aimerait dire aux polices des frontières que les terroristes n’empruntent pas les voies normales. Il y a eu durant ces dix dernières années deux ou trois terroristes arrêtés grâce à ces fouilles. Mais c’étaient des amateurs. Les terroristes procèdent autrement. Ils « travaillent » selon une certaine logique. Ils ne font pas n’importe quoi, ne prennent quasiment pas de risques et n’ont pas un chef d’orchestre qui tire les ficelles dans l’ombre. Oussama Ben Laden est devenu un symbole, une officine. Je doute de son existence physique et même s’il vit encore dans une de ces grottes au Pakistan, il ne doit pas être en état de diriger la centrale du terrorisme planétaire. A son âge, il doit être atteint de la maladie d’Alzaheimer. Même les assassins peuvent perdre la mémoire !

Ce qui se passe, ce sont des groupes qui choisissent la carrière du terrorisme comme d’autres choisissent de s’engager dans l’armée ou deviennent des mercenaires. Il y aurait autant de « centrales terroristes » que de groupes qui s’autoproclament « Imams » ou chef de guerre. Le jour où les Américains et leurs alliés quitteront l’Afghanistan, on découvrira que derrière la guerre menée contre les Talibans et leur idéologie obscurantiste, il y a surtout un grand marché de trafic d’opium et de trafic d’armes. C’est une des raisons pour lesquelles il est urgent de quitter ce pays où les Russes qui ne sont pas de mauvais guerriers ont échoué et sont partis la queue entre les jambes.

Le terrorisme n’existe pas par hasard. Il est né de l’occupation de l’Afghanistan, ensuite de l’Irak. C’est la politique désastreuse de Georges Bush qui a été responsable du chaos irakien. Barak Obama serait bien inspiré de laisser tomber le piège afghan. Pour « terroriser les terroristes », il faut être de leur « race », faire partie de leur tribu, avoir leur tempérament et renoncer aux valeurs de civilisation et de morale qu’on nous a enseignées.

L’Italie est un pays qui a souffert du terrorisme, non pas islamiste, mais interne. Les dirigeants italiens savent que pour lutter contre ceux qui ont posé le 2 août 1980 une bombe à la gare de Bologne (85 morts) ou ceux qui ont enlevé et tué Aldo Moro, la lutte frontale ne donne pas de résultats. Il en est de même aujourd’hui avec le terrorisme qui se proclame d’Al Qaïda. Derrière cette « industrie » de mort, il y a des Etats qui jouent un double jeu, des hommes, des intérêts. C’est par des investigations complexes et multiples qu’on arrivera peut-être un jour à démanteler les réseaux du crime qui se servent du drapeau religieux pour masquer leur identité et leurs intérêts.