TAHAR BEN JELLOUN – Le conteur arabe qui écrit dans la langue de Molière

Par Lydie Helmy

2015
 

A l’occasion de la 20e édition de la fête de la francophonie, Tahar Ben Jelloun est venu à la rencontre de ses lecteurs de Shanghai le 19 mars. Le public, composé de Chinois et de Français âgés de 7 à 77 ans – une classe du LFS ayant fait le déplacement –, s’était empressé dans la salle de conférence du musée de l’Aurora à Pudong.

Un auteur francophone reconnu

Né à Fès, au Maroc, en 1944, Tahar Ben Jelloun est franco-marocain. Dès l’âge de 6 ans et jusqu'à la fin de ses études supérieures de philosophie, il poursuit sa scolarité au Maroc avec un enseignement en français, partiel ou global. Au début des années 1970, il s’installe à Paris, où il commence une thèse en psychologie et publie des articles dans Le Monde. Tahar Ben Jelloun rencontre son premier succès populaire en 1985 grâce au roman "L’enfant de sable". Il est couronné deux ans plus tard par le prestigieux prix Goncourt, avec "La nuit sacrée", suite de "L’enfant de sable".


Tahar Ben Jelloun répond aux questions (Credit photo : Consulat France)

L’influence de la double culture dans l’écriture

L’écrivain parle couramment l’arabe et le français. Dans l’assemblée, une Chinoise francophone pose la question de la difficulté de cohabitation des deux langues dans l’esprit de l’auteur. Tahar Ben Jelloun répond avoir choisi d’écrire en français, mais avoue que parfois, "le mot exact vient en arabe". Il lui faut alors chercher l’équivalent ou ce qui s’en rapproche le plus en français.

La double culture de Tahar Ben Jelloun se retrouve aussi dans "Mes contes de Perrault", paru l’année dernière. L’auteur, qui apprécie particulièrement s’adresser aux enfants ("Le racisme expliqué à ma fille", traduit en 25 langues, et "L’Islam expliqué aux enfants"), y revisite les traditionnels contes occidentaux en les adaptant à la réalité marocaine et musulmane. Ainsi, le Petit Chaperon rouge se retrouve affublé d’une burqa rouge, et un taliban supplante le célèbre loup. Heureusement, notre vaillante héroïne saura subtilement défier la violence de l’intrus dont elle aura identifié le domaine de sa faiblesse psychologique : sa virilité ! Même s’il se défend de transmettre un message, car "chacun trouve ce qu’il désire dans une œuvre" Tahar Ben Jelloun aime témoigner dans ses ouvrages des valeurs auxquelles il est fortement attaché, telles que la tolérance et le respect. 

Une fan interroge l'écrivain (Credit photo : Consulat France)

Un processus d’écriture "miraculeux" pour des "livres audibles"!

Une f9VtQx4ePSv1PvRqqyqrNDean de longue date lui demande de nous faire part de son processus d’écriture. Tahar Ben Jelloun reconnaît qu’avant de commencer une œuvre, il n’a «ni plan, ni stratégie». Il installe un personnage dans un univers, un cadre, puis prépare le lecteur à l’évènement qui va arriver. Il s’agit selon lui d’un processus "miraculeux" ! L’auteur insiste ensuite sur la communication avec le lecteur, qu’il faut prendre par la main et surtout ne pas perdre ! Lorsqu’il écrit, il s’imagine raconter une histoire à un auditoire et qualifie même ses ouvrages de "livres audibles".

Son impression instantanée sur la Chine

Tahar Ben Jelloun n’aura passé que quelques jours en Chine, mais s’étonne de l’intensité de l’activité de destruction et de reconstruction à Shanghai. "La Chine bascule dans un futur dont personne ne connaît la valeur". Il trouve aussi surprenant l’absence de réaction de la part des Chinois face aux problèmes, comme par exemple un retard de plus de dix heures à l’aéroport. "A l’atterrissage, tout le monde a applaudi comme s’il n’y avait eu aucune situation contraignante!". Enfin, il nous livre une certaine déception devant le peu de librairies et l’absence de livres entre les mains des Chinois dans la rue. Toutefois, une Chinoise dans l’assistance le rassure en lui indiquant que ses amis tout comme elle, lisent les livres téléchargés sur les téléphones portables !

Si les pensées de Tahar Ben Jelloun se révèlent parfois sombres, il sait faire preuve de gaieté dans la peinture qu’il pratique depuis de nombreuses années. Ses toiles explosent de couleurs vives… Comme il le dit lui-même, "à côté des ténèbres, il y a un peu de lumière".

 Tahar Ben Jelloun en séance dédicaces (Credit photo : Consulat France)