Etre Marocain

Comment se définir en tant que Marocain? Par Tahar Ben Jelloun

2008
 

Etre Marocain.


Plus je voyage, plus je m'éloigne géographiquement du Maroc, plus ce pays, sa lumière, ses odeurs, ses contradcitions, ses incohérences, ses bruits, sa musique, sa beauté, me manquent. Un psychanalyste dirait que c'est l'aveu d'une relation compliquée. Pourtant j'essaie d'être lucide et même objectif quand je pense et parle du Maroc. Contrairement à beaucoup de gens, je tiens le même discours à l'intérieur qu'à l'extérieur. Ma critique se base sur des éléments qui ne changent pas selon le lieu où je me trouve. Il y a par exemple cette question de fierté qui me gène. On doit être fier d'être marocain. OK. Je suis fier, mais à quoi ça sert et est-ce que ça fait avancer les choses ? Oui, il faut être fier mais vigilant et critique. Critiquer ou parfois dénoncer, rétablir les faits autant que possible, en tout cas avoir la possibilité de les vérifier, de les analyser. Un pays est une mémoire qui nous constitue, nous prolonge et nous accompagne. Nos origines, nos racines, nous les portons en nous et nous ne sommes pas disposés ni capables de les dissimuler, encore moins de les nier. C'est une question réglée. Ceux qui souffrent d'un problème d'identité parce que l'histoire les a maltraités ou niés passent leur vie à rechercher leurs racines. Ce n'est pas le cas des Marocains, simplement parce que le Maroc est une nation bien ancrée dans l'histoire et qu'ils ont eu la chance de ne pas se faire dépouiller de leurs racines par une colonisation agressive et étalée dans le temps comme ce qui s'est passé en Algérie par exemple.

Pour ma part, en tant qu'écrivain, j'ai la chance d'appartenir à la société marocaine. C'est une chance parce que la réalité marocaine est si complexe, si riche, si contradictoire qu'elle fournit en permanence matière à fiction. Cela me rappelle le cas des écrivains latino-américains qui ont témoigné souvent avec génie sur la réalité de leur société. Leur imaginaire est nourri par ce qu'ils observent quotidiennement. On a dit qu'ils exagèrent. C'est vrai, car c'est la réalité qui exagère et l'écrivain ne fait qu'en refélter une partie bien minime. Lisez Juan Rulfo, le romancier mexicain qui n'a écrit que trois livres. Son chef d'oeuvre est un roman, bref et incisif, « Pedro Paramo » (Gallimard ; nouvelle traduction en 2006). Ici il n'existe pas de ligne droite, ni de niveau bien défini. Ici, l'esprit de l'homme se joue du réel et le réel devient beaucoup plus surprenant, plus inquiétant que toutes les fictions imaginées par l'auteur. C'est en lisant Juan Rulfo que Gabriel Garcia Marques a écrit « Cent ans de solitude ». Il le reconnaît quelque part.
Si nous considérons qu'un écrivain est un témoin de son époque, qu'il « fouille » la société et ses strates, qu'il fait, à sa manière, de l'archéologie, le Maroc est un sujet inépuisable. Il suffit d'être là, de circuler, d'écouter, d'observer. Les gens se battent en permanence pour avoir un papier sans lequel leur vie sera en suspens, se battent pour joindre les deux bouts (mais quels bouts ?), inventent des stratagèmes pour survivre, deviennent des créateurs, des comédiens, juste pour contourner les difficultés et les embûches qu'ils trouvent sur leur chemin. Le Marocain ne baisse pas les bras. Il agit, court, essaie de sauver l'honneur, de sauver sa vie. Parfois les moyens ne sont pas très propres. Mais qui lui lancera la pierre ? En tout cas, il n'ira pas coller son dos contre un mur pour le soutenir comme on dit, l'empêcher de s'écrouler et de l'enterrer. Il tente de ne pas céder à la tentation du désespoir. Peu de suicides, en tout cas on n'en parle pas. Mais le désespoir est là. Il tourne autour et nargue les gens soumis à une précarité insupportable.

Etre Marocain, c'est voir le pays dans une évolution de plus en plus inégale, injuste, disons créant davantage d'injustice, enrichissant les entreprenants « jeunes, dynamiques et ayant les relations qu'il faut », appauvrissant ceux qui triment quotidiennement depuis toujours. Voir et donner à voir. Mieux, par la fiction, amener le lecteur à mettre son nez dans le merdier de la vie de millions de Marocains qui vivent en dessous du seuil de pauvreté. Voir pour agir.

Agir pour changer quelque chose dans ces habitudes qui ressemblent à une forme d'esclavage maquillée par un fatalisme entretenu par ceux-là mêmes qui exploitent et profitent de la pauvreté.

Un livre, plusieurs livres, même en considérant qu'ils sont d'un bon cru, ne hangeront pas les mauvaises habitudes de nos compatriotes. Encore faut-il

qu'ils aient la curiosité d'aller voir, de lire par exemple, d'en discuter et de décider de faire quelque chose. Encore faut-il qu'ils se sentent concernés

par le destin d'un peuple où subsistent tant d'inégalités. Or, ce discours a pratiquement disparu, ou bien il s'est fait discret, enrobé dans un autre

discours, celui-là teinté de religion.
Avant, il n'y a pas si longtemps, quand nous étions étudiants, dans les années soixante, nous étions concernés et nous ne pouvions pas nous permettre de détourner notre regard. Dès la fin du lycée, nous entreprenions des actions militantes. C'était une époque dure, sans pitié pour l'opposition. On voulait un Maroc juste et digne, un Maroc où le citoyen devrait être respecté dans ses droits, dans son statut. On nous traitait de « communistes, de marxistes ». Nous ne l'étions pas tous, mais nous avions le souci de la justice. Notre discours était laïc et nous ne le faisions même pas remarquer. Le Maroc aurait pu réussir son émergence, économique, culturelle et politique. Mais il y eut deux coups d'Etat (juillet 1971 ; août 1972). L'armée du roi a tenté de trouer la peau du roi. D'un côté le Maroc a échappé à une dicature militaire genre fasciste à la Saddam, de l'autre il est tombé dans un régime sécuritaire (état d'exception, arbitraire, arrestations, tortures, disparitions etc.) qui ressemblait beaucoup à ce que les militaires nous auraient fait subir s'ils avaient réussi.
Sur ce point je peux témoigner puisque j'ai bien connu les sous-officiers et officiers que le comandant Ababou et l'adjudant Aqa ont emmené à Skhirat pour faire leur carnage le 10 juillet 1971. C'étaient eux qui furent chargés par le général Oufkir en 1966 d'arrêter les étudiants qui siégeaient aux différents bureaux de l'UNEM (Union des Etudiants du Maroc) et de les parquer dans un camp disciplinaire d'abord à la caserne d'El hajeb et ensuite à l'école militaire d'Ahermemou d'où sont partis les élèves officiers pour renverser le roi.
Ces militaires là, nous les avions bien connus. Ils se préparaient à prendre le pouvoir par la force tout en nous maltraitant quotidiennement. Nous savions de quoi ils étaient capables. Peu ou mal cultivés, formés dans l'esprit de l'armée française coloniale, cultivant un racisme profond entre les Arabes et les Berbères, et surtout foulant aux pieds les droits les plus élémentaires. Je me souviens d'un capitaine, originaire de Ksar el Kébir, (parlant un peu l'espagnol), déchirer l'odonnance du médecin (français) qui m'avait ausculté et m'avait prescrit un traitement d'urgence pour des problèmes gastriques compliqués. « Ici, t'as pas besoin de médicament ; ici, on résiste sinon on crève ». Pas moyen évidemment de trouver une autre issue. J'ai souffert jusqu'au jour où, ayant presque perdu conscience, on m'a transporté à l'hôpital militaire de Rabat où j'ai passé un mois de soins.
Ce que nous avions subi en dix-huit mois (nous étions 94 étudiants) n'était rien par rapport au calvaire des prisonniers politiques que le système militaire et policier a essayé de briser par tous les moyens, en leur faisant subir toutes formes de torture. Les 29 000 dossiers que l'Instance Equité et Réconciliation a étudiés dans le but de laver le Maroc de la honte laissée par ces années de plomb, ont démontré combien certains citoyens marocains ont payé leur engagement pour un Maroc juste, libre et démocratique.
Ce Maroc-là n'avait rien à envier aux dictatures brutales et fascistes d'Argentine, du Chili, de Bolivie etc.

Et ce Maroc est celui qu'a façonné Hassan II qui, ayant vu par deux fois la mort en face, la mort des mains de ces proches les plus proches, a décidé de se venger. Il ne fera plus rien pour ce pays. Tout, absolument tout, devra être fait pour assurer sa sécurité et celle de sa famille. Le reste, le peuple, les trente millions de citoyens, n'existaient plus à ses yeux. Pas d'effort pour l'éducation (à sa disparition le Maroc avait le taux d'analphabétisme le plus élevé du monde arabe ; plus de 55%) ; rien pour la santé ; rien pour les infrastructures du pays. Ajoutons à cela un mépris profond pour le Marocain quel qu'il soit et d'où qu'il vienne.

Je raconte cet épisode pour rappeler comment le citoyen marocain dont lécrivain est le témoin, a été « pourri » par des pratiques rendues quasi naturelles:
portes et fenêtres ouvertes pour la corruption à tous les niveaux ; indignité banalisée ; le vol et le mensonge devenus monnaie courante, la mendicité et la résignation aussi ; toute opposition, toute résistance sont brisées avec brutalité. Tout cela constitue un matériau riche pour l'obserbvateur romancier ou historien.

En tant que romancier, j'ai écrit en 1978 un livre qui témoigne de cette époque de répression tout azimuth. Il s'agit de « Moha le fou, Moha le sage » qui s'ouvre sur une séance de torture et se déroule dans un Maroc frappé par la malédiction royale, où seul un fou comme Moha pouvait crier dans la rue sa rage et la colère de millions de compatriotes. Je tiens à citer ce livre parce qu'il avait failli être interdit au Maroc. Retenu durant trois mois dans le bureau de la censure à Rabat, j'ai dû batailler pour le libérer. Si j'évais été démagogue, j'aurais tout fait pour le voir interdit. Mais ce qui m'importait c'était que le message de Moha puisse circuler dans tout le pays. Ce fut le cas et j'avoue que le censeur de l'époque –un homme cultivé-- comprit qu'une interdiction aurait davantage servi le livre et desservi le régime qui restait malgré tout sensible à son image à l'extérieur.

Trente ans après, les problèmes de fond sont toujours présents. Bien sûr il y a eu des changements dans le bon sens. Le Maroc de Mohammed VI a fait des avancées que personne ne peut nier. On respire mieux. Oui, c'est important de bien respirer, de ne plus avoir peur, de circuler librement, de parler sans chercher à savoir si on est écouté, c'est important de s'exprimer avec une certaine liberté dans la presse, de participer à une nouvelle évolution du pays même si la corruption est toujours là, un fléau difficile à éradiquer, même si les inégalités sont criantes et insupportables, mais le pays avance et on aimerait tellement qu'il le fasse avec une éthique plus exigeante, avec une imagination plus forte. Mais le makhzen est là, toujours là, avec son archaïsme, avec son rituel, avec son anachronisme. Le makhzen s'est lui aussi adapté. Mais plusieurs chantiers restent en attente notamment dans le domaine de l'éducation, avec le problème si épineux de la langue.

Je me sens peut-être plus libre qu'avant, mais ma marocanité est toujours inquiète. Le pays avance en ordre dispersé. Des domaines sont à la pointe du progrès, d'autres sont dans une léthargie catastrophique. Cela a façonné une image du Maroc assez contrastée. Certains disent « il y a plusieurs Maroc ».

Mais cette vision est une excuse. Nous sommes frappés par le syndrome des intérêts particuliers qui l'emportent sur ceux de la nation. Certains Marocains se servent, d'autres attendent de voir le pays se tourner vers eux et les tirer vers le haut. Alors la tentation d'aller ailleurs tenter sa chance est de plus en plus forte. De mon époque, nous partions à l'étranger faire des études avec la ferme intention de revenir au pays. Aujourd'hui, les jeunes –et pas uniquement des chômeurs-- rêvent de quitter le pays et de faire leur vie ailleurs. Ce phénomène est récent. L'émigration existe depuis plus de soixante ans.

Mais elle concernait les couches pauvres, des paysans, des ruraux que la France venait chercher jusque dans leur douar.
Partout où je vais dans le monde, je rencontre des Marocains, jeunes, moins jeunes, en famille ou célibataires. Ils portent sur le visage cette petite fièvre, une petite musique qu'on appellera nostalgie. Pas tous. Les femmes dans leur ensemble sont soulagées de ne plus vivre au Maroc et surtout sont heureuses ou presque heureuses de vivre dans des sociétés qui garantissent leurs droits.
J'ai rencontré au mois d'avril 2008, lors d'une conférence à Vienne, une Marocaine d'une quarantaine d'années qui m'a dit avoir fui le pays parce qu'au moment de son divorce, l'avocat comme le juge posèrent comme condition pour la défendre qu'elle se livrer à eux clandestinement. Horrifiée, elle a obtenu un divorce qui ne la favorisait pas et eut la chance de quitter le pays pour s'installer avec son enfant en Autriche où elle s'est remariée (avec un bosniaque) et vit heureuse, c'est-à-dire respectée.
C'est à peu près la même histoire d'une autre Marocaine serveuse dans un restaurant à New York rencontrée en novembre 2007. Quand je lui ai posé la question : « êtes vous heureuse ici ? Le Maroc ne vous manque pas ? » Elle a ri puis elle m'a dit : « Le Maroc c'est mes parents, je les fait venir une fois par an ici et nous sommes très contents ; heureuse ? Oui, parce que dans ce pays, deux catégories sont protégées : les femmes et les chiens ! Vous n'avez pas le droit de toucher (frapper) une femme ou un chien ! »
Des exemples de ce types, j'en connais des centaines. Alors d'où vient que des individus sont en rupture avec leur pays ? Pourquoi la déception personnelle devient un état de fait au point d'englober tout le pays ?
Il y aurait beaucoup à dire sur la condition de la femme et de la nouvelle moudawana. Le problème reste que les mentalités ont du mal à changer, se sentent sclérosées et bien dans cette sclérose. Au Maroc, il n'y a pas d'équilibre entre la femme et l'homme. Nous vivons pour la plupart dans un rapport de force.

A celui ou celle qui a le meilleur rapport de force de mener la barque. Des femmes sont maltraitées, battues, humiliées. Des hommes sont dominés et s'arrangent avec les apparences. Nous ne sommes pas dans une société de la négociation. Nous avons hérité cet état de fait de la manière dont la politique makhzanienne a façonné les mentalités. C'est une histoire vieille de plusieurs générations. On perpétue les inégalités et on les présente comme des fatalités du « vivre ensemble ».

Devons nous nous définir fatalement par rapport aux autres ? Pourquoi éprouvons-nous le besoin de regarder vers l'extérieur comme si nous manquions de confiance en nous? C'est la question que posait Abdallah Laroui en 1967 dans « l'idéologie arabe contemporaine ». Ce livre m'avait marqué à l'époque. En le relisant, quarante années après, je suis resté sur ma faim. Peut-être parce que les questions initiées par cet historien n'ont pas été prises en compte par les générations qui ont suivi.
Etre marocain c'est s'inscrire dans une histoire. Pas seulement. C'est aussi poser les bases d'une identité plurielle et en devenir. Prendre conscience que nous sommes un petit pays que les observateurs les plus compréhensifs définissent comme « un pays émergent ». Cela dure combien cette émergence ? Où va-t-on avec ce cliché ?
En évoquant la notion de fierté au début de ce texte, j'avais l'idée d'alerter nos compatriotes combien l'image du Maroc et du Marocain s'est dégradée ces trente dernières années. La manière dont le dossier du Sahara a été géré y est pour beaucoup. Avec une cause juste, légitime, nous avons réussi à passer aux yeux de beaucoup de pays pour un Etat occupant et colonisateur. Il y aurait beaucoup à dire et à analyser, démontrer la responsabilités de ceux chargés de défendre ce dossier. Parmi eux il y a des intelligences certes, mais le makhzen, encore lui, se tient derrière et empêche toute initiative qui aurait pu mieux éclairer la position marocaine. Je me souviens lorsque cette histoire a commencé, mon nationalisme à fleur de peau n'a fait qu'un tour et me suis senti concerné de façon grave. Ce fut la première fois que j'eus le sentiment que défendre l'intégrité territoriale du pays n'était pas négociable.

Autre source de cette image froissée, dégradée dans le monde : l'immigration clandestine qui, par la force des choses se trouve entraînée dans la délinquence et l'illégalité. Il suffit d'un fait divers malheureux où sont impliqués quelques Marocains pris dans une dérive désastreuse pour que la généralisation se fasse et le fait de la répétition vient confirmer l'image détestable du Marocain. L'immigré légal, installé de longue date dans un pays européen, est le premier à souffrir de cette image, parce que l'opinion ne fait pas la différence entre les uns et les autres. Le fait aussi que les autres Maghrébins sont souvent montrés du doigt par cette même opinion, n'arrange pas les choses.
Le meurtre du cinéaste provocateur hollandais, Théo Van Gogh, par un jeune hollandais, islamiste d'origine marocaine, a eu un effet dévastateur sur la communauté marocaine vivant au Pays-Bas depuis des décennies et dont les autorités et la population ne s'en plaignaient pas particulièrement. Toute la politique de l'immigration et de l'intégration a été revue et les règlements ont été durcis.
Le meurtre du Commandant afghan Massoud, la veille du 11 septembre 2001 par deux pseudo étudiants maghrébins vivant en Belgique a eu pour effet d'amalgmer « immigration maghrébine-islam-terrorisme ».
Les exemples sont nombreux et varient d'un pays à un autre. L'islamisme obscurantiste a trouvé parmi les jeunes issus de l'immaigration maghrébine des proies faciles et manipulables.
Le passeport marocain, respecté avant –nous n'avions pas besoin de visa pour entrer dans de nombreux pays-- est devenu suspect depuis le jour où le consulat du Maroc à Beyrouth a été cambriolé par des miliciens qui ont voyagé à travers le monde avec des passeports marocains en vue de commettre des attentats.

Etre Marocain en 2008 s'nscrit dans ce tableau où le Maroc et son image ont été bien abîmés. Que faire à présent pour nettoyer la Maison-Maroc ? Commencer par une dose importante d'auto-critique ; désigner les facteurs déclencheurs de cette mauvaise image ; en finir avec le système « invitation -pastilla-poulet aux citrons confits-agneau aux pruneaux et amandes » et le bruit fait autour de la fameuse « hospitalité marocaine ». Certes, le Marocain est hospitalier, mais il ne faut pas exagérer. Souvent il lorgne ses intérêts immédiats. Introduire une dose de sérieux dans tout ce que nous entreprenons.

Là, les choses sont simples et pourtant difficiles : on ne devient pas sérieux en vingt-quatre heures. C'est une culture, une pédagogie quotidienne. Seul le sérieux paye. J'avais un professeur algérien -que Dieu ait son âme- qui nous disait « il y a une expression qui doit disparaître de votre langage : kdé haja ! ; le jour où le Marocain n'acceptera plus le travail bâclé –kdé haja-, le Maroc avancera ! »

Tahar Ben Jelloun.
Avril 2008.