Bombes à sous munitions

Par Tahar Ben Jelloun

2008
 

Ces bombes qui tuent à l’infini.
Par Tahar Ben Jelloun.

Non seulement le génie du mal est capable d’inventer des armes de destructions massives, des armes de haute sophistication, des armes dites « propres » mais il est aussi dans son pouvoir de Ces bombes qui tuent à l’infini.
Par Tahar Ben Jelloun.

Non seulement le génie du mal est capable d’inventer des armes de destructions massives, des armes de haute sophistication, des armes dites « propres » mais il est aussi dans son pouvoir de fabriquer des armes simples, astucieuses et d’une efficacité diabolique. Ainsi des bombes à sous munitions (Basm). Ce sont des bombes enceintes de centaines de petites bombes aussi meurtrières les unes que les autres. Il fallait y penser. C’est une question d’économie : un seul engin déversé se multiplie, fait des petits lesquels creusent leur lit dans la terre sur laquelle des enfants iront jouer et mourir. Car certaines, n’explosent pas tout de suite. Elles s’installent, prêtes à déchirer, à arracher une jambe ou un bras ou simplement à tuer.
L’avion survolant un territoire largue quelques bombes au format classique. Celles-ci s’ouvrent comme un parachute, une réserve qui se déversent au hasard.

Certaines explosent, d’autres non. Elles ne sont pas forcément visibles, du moins par des enfants. Elles sont là pour donner la mort comme si le destin leur avait accordé un délai. Il faut tuer mais pas le même jour et en même temps.
Je me souviens avoir lu dans un de ces rapports dénonçant l’utilisation de ces bombes la déclaration d’un homme politique qui reconnaît que ces armes à sous munitions sont « une petite merveille, puisqu’elles nous permettent de faire une économie d’argent, de poudre et de munitions ». C’est clair et bien dit.

Cet homme qui a peut-être des enfants, une vie de famille normale, a appris qu’il ne fallait pas s’encombrer de préoccupation morale.
L’organisation Human Rights Watsh a réalisé un film de quelques minutes qui se passe de commentaires. Il suffit de regarder ces images et on comprend que ces armes sont des plus dangereuses parce que sournoises, discrètes, modestes et en même temps terrifiantes.
Utilisées pour la première durant la seconde guerre mondiale, puis au Viet Nam en 1967, au Kosovo en 1999, en Irak en 2003 et actuellement, au Liban en 2006, elles sont particulièrement appréciées par les Etats qui les déversent tranquillement sur des pays en guerre. La réglementation internationale n’en interdit pas l’utilisation. Tout le monde sait que l’effet retard de ces armes concerne principalement des civiles. D’après un rapport de l’ONU, 98% des victimes sont des civiles. Les 70 pays possédant des stocks d’armes à sous munitions (les Etats-Unis en possèdent plus d’un milliard), ne se posent pas ce genre de question. Ils laissent cela aux centaines de milliers de familles qui ont perdu un ou plusieurs de leurs membres pendant ou bien après les conflits. Ainsi des millions de petites bombes attendent leur heure pour exploser en Asie du Sud Est, en Afrique, en Afghanistan, au Moyen –Orient.
D’après le film de Human Rights Watch quatre millions de bombes à sous munitions ont été déversées par Israël sur le Liban durant la guerre de l’été 2006.

Les équipes de l’ONU ont détecté 359 endroits au Liban où ces bombes ont été utilisées. Plus de cent mille n’ont pas encore explosé. Le Hezbollah a lui aussi tiré des engins à sous munitions de fabrication chinoise parmi les 4000 roquettes lancées sur le nord d’Israël.
Pour que les civiles ne soient plus des victimes, elles n’ont qu’à porter l’habit militaire et rendre coup pour coup. Mais alors, c’est la barbarie qui se généralisera. Car la brutalité des Etats et de leurs marchands d’armes n’ont plus de scrupules à être des barbares.
L’interdiction de ces armes à sous munitions devrait être naturelle. On n’aurait même pas besoin de faire des discours et des démonstrations. Mais les nombreux Etats qui en possèdent ne veulent pas renoncer à ce « trésor » de la mort, une mort immédiate et une mort différée.
La Communauté européenne devrait réagir, la France devrait en faire une question de principe et militer pour interdire définitivement ces armes qui tuent à l’infini.

Tahar Ben Jelloun.
Ecrivain ; membre du Comité de Paris de Human Rights Watch.