Gaza vue par Aznar

Par Tahar Ben Jelloun

2009
 

La paix est possible, malgré l’opinion unilatérale de José Maria Aznar.
Par Tahar Ben Jelloun
En apprenant que l’ancien président du gouvernement espagnol, José Maria Aznar a critiqué l’initiative du juge Fernando Andreu de poursuivre les autorités israéliennes pour crimes de guerre, et surtout en lisant ses déclarations lors d’une conférence donnée le 5 février à l’Université hebraïque de Jérusalem, j’eux envie de lui rappeler un certain nombre de vérités à propos de ce conflit. Mais un homme de droite qui appuya la politique mensongère et criminelle de son ami G.W.Bush ne changera pas. Il veut faire croire que tuer des enfants et des personnes civiles innocentes par centaines c’est de l’auto-défense. Il a dit aussi « La seguridad de Occidente depende de la seguridad de Israel, renfozar su posicion es la mejor inversion que podemos hacer en nuestra propria seguridad ». Ainsi il croit toujours qu’occuper un territoire, le mettre sous embargo, contrôler la vie quotidienne d’un million et demi de Gazaouis c’est assurer la sécurité de l’Occident ! Il oublie de dire que c’est un peu plus compliqué que cela et qu’en Palestine il n’y a pas que le Hamas, et que si demain son propre pays était occupé, il résisterait par les armes et les moyens qui seraient à sa disposition.
José Maria Aznar, fidèle à son idéologie fanatique, devrait aller visiter les camps palestiniens et voir de ses yeux comment des générations de jeunes vivent et désespèrent au point de perdre la raison et d’opter pour le suicide et la mort. Il aurait dû prendre exemple sur le premier ministre turc, Erdogan. Mais la Turquie n’est pas tout à fait l’Occident, ce cher Occident qu’il est allé défendre à Jérusalem.
Comme tout le monde, sauf peut-être José Maria Aznar, j’ai regardé l’incident entre le président israélien Shimon Peres et M.Erdogan le premier ministre turc lors d’un débat à Davos. Peres justifia la guerre à Gaza et dit même que l’Etat d’Israël a fait cette guerre pour avoir la paix. C’est son rôle de président. Il ne peut pas publiquement se désolidariser de son pays et de sa politique. Mais cet homme d’expérience, ce politique redoutable, ce prix Nobel de la paix a perdu une belle occasion pour être un homme de courage parce qu’il aurait dû dire la vérité. La vérité c’est que son armée a commis des crimes de guerre horribles, elle a tué des centaines d’innocents et a persévéré dans les destructions et surtout en utilisant des armes qui, non seulement arrachent les membres de l’être humain mais provoquent des cancers pour les survivants. Je veux parler du phosphore blanc, arme terrible et interdite.
Cet homme, s’il était sincère et courageux, s’il avait un peu d’humanité en lui, voilà ce qu’il aurait dit devant cette assemblée à Davos : « mon pays a fait des erreurs, mon pays a massacré des populations civiles, mon pays a bombardé des écoles et des hôpitaux, mon pays a renforcé son adversaire le Hamas, mon pays vient de rendre service à ce mouvement islamiste extrémiste en faisant tant de victimes innocentes, et en tant qu’homme et père de famille, je suis révolté et je présente mes excuses au peuple palestinien en particulier aux familles qui ont perdu un ou plusieurs de leurs enfants. Quant au Hamas, il va falloir aider l’Autorité palestinienne pour le marginaliser afin qu’il ne puisse plus envoyer des roquettes sur le sud d’Israël. Voilà, je suis un président qui est aussi un être humain avec des sentiments et je devine le deuil et le chagrin immense de toutes les mères palestiniennes et aussi israéliennes qui ont perdu un fils dans cette guerre inutile ».
Si Peres avait tenu ce discours, s’il avait dit ces vérités, il serait aujourd’hui un héros, un symbole de courage et de dignité, il aurait mérité vraiment son Prix Nobel de la Paix. Non, au lieu de cela il a préféré justifier l’injustifiable, ce qui a provoqué la colère du premier ministre turc. Peres était surpris, avait un visage crispé, celui d’un homme à qui aucun ami n’a dit un jour la vérité. La Turquie n’est pas un pays arabe, mais comme tous les peuples de la planète ce pays a été horrifié, scandalisé par ce que montraient les images de cette guerre. Mais déjà en 1996, Peres avait, en vue de gagner les élections, ordonné le bombardement de Cana au Liban. Cet homme est un guerrier, un homme à qui la paix fait peur, car la paix cela signifie de vivre et de respecter le voisin. Un respect et une reconnaissance mutuelle, évidemment. Or, cette paix, Israël, en tout cas, certains dirigeants israéliens, n’en veulent pas, car ils ne supporteront pas de vivre à côté de Palestiniens qu’ils méprisent et détestent. Il en est de même des Palestiniens du Hamas lequel ne reconnaît pas Israël et veut récupérer tous les territoires de la Palestine de 1948. Mais en Palestine, il n’y a pas que le Hamas, il y a d’autres partis et d’autres mouvements qui sont dans le réalisme politique. Mahmoud Abbas n’a pas été aidé par Israël. Au contraire, il a perdu de sa crédibilité parce qu’il a passé son temps en des réunions stériles avec les dirigeants israéliens. Il n’a rien obtenu. Ce qui a donné au Hamas l’opportunité de se présenter aux yeux des Palestiniens comme celui qui les défend le mieux. En lançant des roquettes, en semant la peur dans le sud israélien, il apparaît comme celui qui lutte contre l’occupant et l’ennemi de toujours. Voilà pourquoi Israël en bombardant durant plus de trois semaines Gaza, causant la mort de 1300 personnes dont 410 enfants et 108 femmes faisant 5300 blessés, Israël a eu de son côté 13 tués, 113 soldats blessés et 80 civiles blessés, a été accusé par le président de l’Assemblée générale de l’ONU d’avoir « violé le droit international » en utilisant le système de la punition collective et en attaquant des cibles civiles comme les mosquées, les écoles, les maisons et les hôpitaux.
Il est temps pour Israël de faire son examen de conscience et décider d’œuvrer réellement pour la paix. Et ce n’est pas son ami José Maria Aznar qui l’aidera dans cette entreprise longue et difficile.
Tahar Ben Jelloun.