Daesh, bombes sous munitions

Par Tahar Ben Jelloun

10.12.2015
 

Les Etats arabes sont souvent brillé par leur désunion. Les peuples arabes ont toujours déploré ce que leurs dirigeants perpétuent avec cynisme ou inconscience. Une sorte de fatalisme qui permet à des dictatures de se maintenir en place. La progression et les succès de Daesh leur donnent l’occasion de miser ne serait-ce que pour quelques mois sur une union tactique, objective, basée sur des principes simples mais efficaces pour barrer la route à cette armée qui tue, massacre, et poursuit son avance sur le terrain et dans les imaginaires de dizaines de milliers de jeunes venus de tous les continents pour faire le « djihad » au nom de qui, de quoi, peut-être un idéal, une échappée où ils renoncent volontairement à l’instinct de vie pour accepter celui de la mort, la leur et surtout celle des autres, des innocents.

Dans l’Airbus russe, il y avait une bombe. Si l’on considère que les contrôles de sécurité à l’aéroport de Charm al Cheikh n’ont rien décelé, il faut convenir que le personnel au sol aurait été infiltré par des djihadistes. Daesh voulait réagir aux bombardements russes en Syrie. Poutine a bien reçu le message. Fin de la collaboration avec l’Egypte et arrêt des vols russes dans cette partie du pays. C’est ce que cherchait à provoquer le « Calife » auto proclamé. Preuve de puissance et de stratégie bien étudiée. Ce sont de grands officiers de l’armée de Saddam qui sont derrière lui et qui prennent leur revanche après que le stupide et criminel G.W.Bush a démantelé cette armée en envahissant l’Irak.

Le processus daéshien ressemble à ces bombes qui, une fois larguées, se subdivisent à l’infini et celles qui n’explosent pas immédiatement, s’incrustent dans le sol et éclatent le jour où un enfant ou un adulte marche dessus. Elles s’appellent « bombes sous munitions » ; elles sont en principe interdites.

Daesh sème et se répand selon une technique imparable : quand ce n’est pas lui qui recrute, ce sont des jeunes qui, renoncent à tout pour rejoindre ses rangs et offrir leur vie. Là réside la force exceptionnelle de ce mouvement que les remontrances et menaces des Occidentaux indiffèrent. Pour battre Daesh, il faut s’inspirer de ses méthodes, dupliquer sa stratégie, être face à lui sur le terrain et avoir des soldats qui auraient intériorisé le fait que leur guerre est une sorte de « djihad laïc », une guerre sèche et sans bavardage, sans sentiments. L’Occident en est incapable, c’est à cause de cela que les pays arabes devraient prendre les choses en main et débarrasser le monde de ce cancer qui ne connaît aucune limite et qui est loin de s’éteindre parce qu’on lui aurait fait la morale en lui faisant honte et en lui disant « ce n’est pas bien ; c’est l’islam que vous êtes en train d’assassiner et de jeter dans la marmite du fanatisme criminel… ». 

Le fait qu’une série d’attentats aient été perpétrés ces derniers temps (l’avion russe, la bombe dans un quartier chiite de Beyrouth, les attentats à Paris) peut s’expliquer par le fait que Daesh est en perte de vitesse sur le terrain. Probablement que les bombardements des alliés ont touché ses bases et son territoire. Alors, il a actionné le levier des commandos dormants. C’est là sa force. Certes, il faut poursuivre et même améliorer les frappes aériennes, mais le grand travail à faire c’est en Europe, dans les milieux de gens insoupçonnables, de « braves » types, même pas barbus, silencieux, courtois et discrets. Ils sont peut-être un millier de bombes prêtes à exploser. La traque doit être permanente et ne rien négliger. Car Daesh a réussi ce qu’aucune armée au monde n’a pu faire : annuler la peur et rendre la mort désirable telle une fiancée qui promet le paradis.