Pourquoi tant de jeunes deviennent jihadistes ?

02.10.2015
 

L’armée de Daech compterait plus de 15 000 jihadistes venus de l’étranger aussi bien des pays arabes que d’Europe et d’Amérique. Ce sont des jeunes musulmans ou convertis à l’islam qui quittent leur pays, leur famille et partent en Syrie via la Turquie rejoindre Daech en Irak. Certains seraient payés, d’autres sont volontaires bénévoles. Cette attraction morbide est difficile à comprendre, car ces jihadistes ne sont pas forcément issus de milieux pauvres et délaissés, ne correspondent pas au schéma du jeune homme tombé dans la délinquance, la drogue ou le vol. Parfois ce sont des jeunes gens bien éduqués, calmes, gentils et serviables. Les parents ne voient rien venir. Ils pensent qu’ils ont donné à leurs enfants une bonne éducation, un bon équilibre psychologique, un sens de l’ambition et de la vie. Justement, c’est par là que les recruteurs de Daech commencent à travers le travail de propagande sur la toile ; des vidéos de combat sont diffusées et ont une grande efficacité d’adhésion : ils parviennent à changer l’instinct de vie par l’instinct de mort, une mort voulue et donnée aux autres, autrement dit quelque chose a été inversé dans l’ordre quasi biologique de la personne. Comment ce processus se déclenche ? Par le discours et les images, par leur répétition et par le sens de la mise en scène. Daech propose du sens. Il donne un sens à une vie, et le paradoxe est que cette vie ne se réalise que dans la mort.

Une fois arrivés sur le terrain, la formation se poursuit. Des experts ont évoqué l’absorption d’une drogue particulièrement dangereuse, le Captagon . Elle est fabriquée en Bulgarie et est interdite dans le monde. Le Captagon a pour effet de supprimer la peur, de donner des performances sexuelles et physiques  et de supprimer le doute et la réflexion.

Mais cette drogue n’est qu’un adjuvant, un élément de plus dans la manipulation de ces candidats au jihad et à la mort. La démagogie peut tout comme par exemple persuader que « mourir est une vertu que Dieu récompense dans l’au-delà ». Ces gens qui croient à ce message ne sont pas dans leur être ; ils ont déménagé, ils ont remplacé le cœur par le cerveau, un cerveau qui a été travaillé, « nettoyé », rendu disponible pour n’importe quelle aventure. Comme dans une secte, ils ne s’appartiennent plus. L’appel de mort est devenu un désir, une volonté, une ambition. Ce travail extraordinaire ne peut réussir que sur des cerveaux rendus fragiles, c’est-à- dire dans l’incapacité de penser, d’entrer en soi et de se voir. Le sur moi a été éliminé, le sub conscient supprimé aussi. Il n’y a plus d’inhibition, plus de garde fou, plus de barrière ni de frontière. Alors des jeune gens deviennent des machines à tuer et sont fières de commettre des massacres, la preuve : ils se filment comme après la chasse, la tête de la victime au bout d’une pique !

Du temps de Mahomet le jihad avait un sens. Quand des tribus ne croyaient pas à son message et décidaient de le combattre par les armes, Mahomet et ses compagnons se devaient de faire le jihad pour se défendre en toute légitimité. Mais le prophète avait donné un sens plus mystique à ce combat, celui de lutter à l’intérieur de soi contre les forces du mal et de la destruction. Or aujourd’hui Daech part en lutte contre le monde entier parce qu’il considère qu’il faut, comme Mahomet, établir « un Etat islamique » pour sauver le monde. En cela celui qui s’est le 29 juin 2014 auto proclamé Calife, Abou Bakr Al Baghdadi, a la folie des grandeurs et surtout la folie meurtrière. Il se dit « le commandeur des musulmans dans le monde » et qu’ils doivent tous lui faire allégeance. Il s’est imposé en égorgeant des innocents et en massacrant des populations civiles dans leur sommeil. Cela n’a évidemment rien à voir avec aucune religion. Mais comment arrive-t-il à persuader ces milliers de jeunes à le suivre dans sa démence ?

Daech est un mouvement qui s’est d’abord appuyé sur les restes de l’armée de Saddam Hussein qui avait été démantelée par l’armée américaine qui avait envahi l’Irak en 2003 sans aucune légalité internationale. C’est cette armée qui était au chômage qu’Abou Bakr Al Baghdadi a su récupérer et engager dans son projet. Ensuite, l’argent est arrivé soit envoyé par des Etats du Golfe qui ont misé sur lui, soit par des fortunes privées de musulmans à travers le monde. Car il dispose de sommes fabuleuses. Il y a la vente du pétrole au marché noir, le pillage des banques et l’impôt exigé aux populations que Daech domine.

Que faire pour empêcher de nouvelles recrues parmi la jeunesse du monde ? Il faut d’abord les repérer, les désigner et faire un travail d’anticipation. Il faut de l’éducation avec des méthodes nouvelles qui réussiraient à couper l’herbe de cette attraction criminelle. Tout le monde devrait se mobiliser, à l’école comme dans la famille, les médias ont une part importante dans ce combat. On ne doit rien négliger et prévoir le pire.

Pour le moment, la coalition de plusieurs armées n’arrive pas à barrer la route à Daech. C’est sur le terrain qu’il faut le combattre. Seuls les Kurdes se battent contre ce mouvement. Il faut les aider. Mais on constate que le monde civilisé ne réalise pas la gravité de ce phénomène. La menace de la terreur est réelle. Des centaines de jihadistes sont retournés discrètement dans leurs pays, et attendent les ordres pour aller s’exploser dans un café ou un aéroport. Contre cela que faire ? Comment les remettre dans le sens de la vie ? Il faut que le cerveau retrouve sa place et ses facultés et le cœur revenir à sa place. Un travail long et difficile.