Avec « Merci pour ce moment », Valérie Trierweiler publie le livre de ses blessures

Par Tahar Ben Jelloun

18.09.2014
 

Toute femme blessée éprouve un besoin de réparation. Valérie Trierweiler a été plus que blessée. Elle a été humiliée publiquement. Dur, très dur pour n’importe quelle personne de se faire jeter comme un kleenex après neuf ans de vie commune, des années d’amour, de passion, de combat aussi. Ce l’est d’autant plus lorsque cette vie commune a été exposée. Valérie Trierweiler a été rejetée, jetée en pâture. Par ailleurs son engagement dans la campagne électorale de François Hollande a été important, certains disent décisive. Elle a mobilisé des foules, elle a fait bouger des montagnes pour que l’homme dont elle était amoureuse devienne président de la république.

Je me souviens de cette époque où elle organisait des réunions avec des gens de tous les milieux de toutes catégories pour faire avancer les chances de son homme. Pour elle c’était normal. Elle ne se forçait pas, elle était heureuse de participer de manière concrète et efficace à la campagne.

Ce fut elle qui me présenta François Hollande, bien avant qu’il ne songe à être président. Elle était venue me faire un entretien pour Paris-Match sur Jean Genet auquel je venais de consacrer un livre. Je la retrouvai  au salon du livre à Brive. Hollande était le président de cette région. Venu inaugurer le salon, il fit comme d’habitude quelques jeux de mots assez drôles. Valérie était au premier rang. Moi, j’étais derrière Hollande, je devais remettre le Prix de la Langue française à Alain Veinstein. Après la cérémonie, François se mit à me parler de Jean Genet. J’étais étonné. Un homme politique aussi occupé et qui n’avait pas la réputation de lire de la grande littérature, me dit des choses étonnantes sur l’écrivain scandaleux. Valérie, très belle, nous rejoint et me dit : « Je te présente l’homme de ma vie ».

Lui, très mince, était content. Je demande à Valérie comment François a perdu du poids. Elle me répond : viens avec nous, tu verras, en un mois tu auras maigri !

Ce fut ainsi que je connus le couple. Je suis resté en contact avec Valérie, et durant la campagne je passais des messages au candidat à travers elle. J’ai participé à quelques réunions avec François. Je me souviens de la fois où il m’a dit : « carte sur table, pas de langue de bois, on se dit tout ». Il me propose de nous dire « tu ». Je lui fais la remarque sur « je serai un président normal », en lui disant que moi je voterai pour quelqu’un d’exceptionnel. Là, je découvris un aspect important de son caractère : il est têtu. Il ne cède pas. Je compris qu’il n’écoute pas  non plus. Il me dit  (je cite de mémoire) : « Normal, ça veut dire sincère, n’importe qui peut se reconnaître en moi, je ne changerai pas ce mot ». 

Quelques jours plus tard, lors d’un meeting, une femme se précipite sur la scène et lui verse sur la tête un sac de farine. Hollande ne bouge pas. Pas un geste. Il poursuit son discours comme si rien ne s’était passé. Cette capacité de maîtrise de soi sera illustrée le jour de sa prise de pouvoir quand il monte les Champs Elysées sous la pluie sans se protéger.

Cet homme que certains médias décrivent comme mou, est un roc, un homme dur, imperturbable, sûr de lui et comme aurait dit le général De Gaule « dominateur ».

Valérie va découvrir la vérité de l’homme qu’elle aime dans l’exercice du pouvoir. Déjà, le soir de la victoire, quand tous ses amis sont sur scène  à la Bastille, elle lui réclame un baiser en lui précisant « embrasse-moi sur la bouche ». Le monde entier a assisté à cette scène qui veut dire beaucoup de choses.

La suite, on la connaît. Les rumeurs sur sa liaison avec l’actrice Julie Gayet. La rupture brutale. La répudiation en 18 mots. La blessure qui dure et le besoin de vengeance. Pourtant, en tant qu’ami de Valérie, je lui ai déconseillé d’écrire sur sa vie, sur leur vie. Mais sa colère brûlait en elle et elle n’a pas pu réussi à la dépasser, à enterrer cet amour. C’est humain. Mais c’est encore raviver la blessure que d’étaler publiquement les conflits intimes, surtout qu’il s’agit de la plus haute autorité de l’Etat. Les gens vont lire ce livre avec une curiosité malsaine, comme des voyeurs. C’est inévitable. Les médias vont s’en donner à cœur joie et exploiteront cette affaire jusqu’à la nausée. Dommage. Je souhaite à Valérie de tourner définitivement cette page triste et cruelle. Elle le fait déjà en s’engageant dans l’humanitaire. Elle s’est mobilisée pour les jeunes filles nigérianes kidnappées par Boko Haram. Elle travaille avec le Secours populaire et a fait des missions pour les enfants en Inde et en Afrique. Tourner une page aussi complexe n’est pas facile. Il lui faut du courage, beaucoup de courage, surtout que les médias ne vont pas être tendres avec elle. Comme dit la chanson « Il n’y a pas d’amour heureux » ou bien encore : « les histoires d’amour se terminent mal ». Oui et non.