Hommage à mon ami le cinéaste Edouard Molinaro

Lu au Crématorium du Père Lachaise à Paris le Jeudi 12 décembre 2013

17.12.2013
 

Mon Cher Edouard,

 

Tu aurais pu vivre encore un peu, nous donner un peu de ton temps, de ta présence fraternelle, chaleureuse et souriante.

Tu aurais pu nous étonner encore, nous donner un peu de ta lumière, nous raconter des histoires, nous faire rêver à bord des avions que tu fabriquais comme dans une fable où tout est possible.

Tu aurais pu reporter cette mauvaise rencontre avec l’hôpital et ses couloirs blêmes, tu aurais pu jouer encore un peu avec des bouts de rêve.

Mon Cher Edouard,

Tu es un homme de parole, et quand il s’agit d’amour et d’amitié, tu es là, présent avec ta discrétion naturelle, ta disponibilité et ton sourire clair qui sent le parfum d’une belle humanité.

Tu es aussi un artiste, artisan d’un imaginaire divers et riche ; tu racontes des histoires que tu vas chercher dans la grande histoire ou simplement dans l’âme égarée de quelques individus, dans l’embellie des choses éphémères. Ombre légère, tu avances sans faire de bruit, sans déranger mais tu avances les mains pleines de moissons où parfois l’humour est l’ingrédient essentiel, l’humour et la tendresse. Ton regard ne vient ni d’en haut ni d’en bas, il vient de la ligne de cet horizon qui rassemble et qui aime l’humain.

Tu as eu l’intelligence de ne pas empoigner ces étoiles de papier qui brillent un instant puis se réduisent en cendre malheureuse. Le cinéma, c’est ton travail, ta passion, pas une échelle qui se perd dans les  nuages.

Le cinéma c’est ce qui accompagne les déconvenues du destin. Parfois il est bon de mener la solitude jusqu’à la demeure d’une existence où espérer n’est pas totalement vain.

C’est curieux comment tes personnages quittent aujourd’hui l’écran pour venir jusqu’ici dans cette terre humide te dire merci et nous donner à nous, ta famille, tes amis, ton grand public le courage de vivre sans toi. Le courage ou simplement l’évidence que ta présence ne nous quittera jamais tant que nous évoquons ton sourire, ton esprit vif, tes mots dits à voix basse autour d’une table, tes gestes fraternels, ton regard qui nous fait tant de bien, tant que tes réalisations nous entrainent dans la beauté et aussi la douleur du monde. 

 

Tahar