Choc des civilisations ? Non, Choc des Ignorances

Conférence prononcée par TBJ à Bard College, le 24 octobre 2010 ; New York

28.01.2011
 

Les civilisations se rencontrent, se mélangent, se tissent, circulent et continuent leur chemin en se moquant bien de ce que nous pensons de leurs trajectoires, de leurs effets, de leur gloire et de leur décadence. Elles sont le corps et l’esprit de l’Humanité. Ce sont les hommes qui les ont nourries et ce sont parfois ces mêmes hommes qui les détruisent. Mais quelles que soient les brutalités dont est capable l’homme, elles se maintiennent ou du moins s’inscrivent dans le registre de l’histoire et témoignent. Elles sont la mémoire de l’humanité.

Ce sont des rivières, des fleuves nourris par d’innombrables ruisseaux charriant des matériaux venus de plusieurs continents, des mémoires d’une humanité qui a bâti des monuments extraordinaires puis les a détruits en faisant des guerres longues et inutiles. Toutes ces mémoires se déplacent à travers le temps, un temps qui n’est pas le nôtre, dans un espace divers et semblable, un temps que l’homme n’est pas capable d’imaginer. A aucun moment les civilisations ne se sont constituées en blocs de fer dans le but de produire des chocs.

Cette idée du choc est une image inventée par un sociologue qui cherche à faire de l’effet, mais cette métaphore est basée sur quelque chose de faux parce que impossible. Du fait même qu’elles s’imbriquent et passent les frontières sans que personne ni rien ne peut les arrêter, elles ne se confrontent pas, elles s’assimilent mutuellement, se manifestent ici et là, parfois loin de leurs lieux d’origine, c’est ce qui fait illusion.

Evidemment il est plus facile de soulever des foules avec le thème du « Choc des Civilisations ». Il est plus courant de créer des foyers de guerres plutôt que de favoriser des processus de paix. L’homme fait son marché selon ses besoins et ses moyens. Il prend ce qui lui convient. Il peut être musulman ou évangéliste fanatique et utiliser les dernières découvertes de la science en médecine, en science de la communication etc. Car il sait qu’aucune civilisation en particulier n’appartient à personne. Aucune loi ne lui interdit de profiter des apports d’un pays à l’humanité. Aucune loi ne l’empêche d’entrer visiter un musée où sont exposés des merveilles du monde, d’aller écouter un concert ou un opéra, de visiter des sites archéologiques, de consommer des produits des cultures du monde. Nous sommes faits des temps passés et nous portons les traces de cette mémoire qui s’est constituée dans divers continents et à des époques très éloignées les unes des autres. A notre simple date de naissance on devrait ajouter quelques milliers d’années faites d’héritage transmis de générations en générations, et cela remonte à des temps tellement anciens qu’on est incapable de les situer.

Il est des sociétés où les valeurs de civilisation sont plus ancrées que dans d’autres pays. Nous n’avons pas tous le même degré d’alphabétisation, les mêmes capacités pour accéder à la culture, les mêmes chances d’être en contact avec les chantiers de création etc. Nous ne vivons pas tous dans des Etats démocratiques, des Etats où le droit est la valeur fondamentale. La pauvreté peut être un handicap pour faire vivre les cultures. En même temps il est pays riches qui consacrent si peu de moyens au développement des cultures et des civilisations.

Il est des pays où la culture est sacrifiée au profit de l’armement. Ce qui n’empêche pas la population de vivre ses propres valeurs culturelles s’appuyant sur l’héritage des anciens. Mais l’homme na pas encore atteint cette sérénité sublime qui fait de lui un être culturel prenant le dessus sur l’être naturel.


Revenons aux origines : dans le mot civilisation, il y a citoyen, ce qui implique la cité, le lieu où les hommes apprennent à vivre ensemble selon des règles, des lois, des coutumes. Généralement l’homme est dégagé de son état naturel. La culture l’a aidé à se séparer de cet état. Il entre dans un processus actif qui l’installe dans les structures de la société. On appelle cela « progrès » ou « évolution ». Les deux notions de civilisation et de culture sont mêlées. Il arrive que certains peuples comme les Allemands et les Anglo-saxons nomment civilisation « Kulture » « Culture ». Der toute façon, si on admet que la culture est ce qui s’oppose à la nature objective, nous sommes obligés de constater que c’est par la culture, par un effort conscient d’apprendre et de maîtriser la science et la technique que nous accédons à l’état d’être civilisés. Il faut ajouter à ce processus la notion de morale. Comme le signale Wu Chih-Hui (mort en 1953) « La morale est la cristallisation de la civilisation. Il n’y a jamais eu de morale basse quand la civilisation atteint un plus haut niveau ».

Si tout groupe humain possède sa civilisation, comme il a sa propre langue, l’histoire n’a pas évité de faire de la civilisation un fantasme fondateur du colonialisme missionnaire qui répand le progrès. C’est cette étape qui fut l’apogée de l’ethnocentrisme occidental qui a préparé l’idiologie de la hiérarchie des cultures et des civilisations, étant donné que « la civilisation exprimerait la conscience de soi de l’Occident ». Ce qui a fait dire à Oswald Spengler que « l’impérialisme est civilisation pure ; le destin de l’Occident est dans ce phénomène irrévocable » (1918 in « Le Déclin de l’Occident ». René Maran, écrivain africain, constate quant à lui que « la civilisation est l’orgueil des Européens ». Cette notion de supériorité ne date pas du XXème siècle. Déjà les Grecs avaient un sentiment très certain de supériorité à l’égard de tous leurs voisins qu’ils considéraient comme des barbares.

Nous retrouvons ce sentiment chez les Arabes au moment de leur apogée –l’âge d’or se situant entre le IXè et XIIè siècle--, époque où ils traduisaient les textes fondamentaux de la philosophie, de la science et les introduisaient en Europe. Cette époque des Lumières s’est accompagnée par l’expansion de l’islam dans le monde. Quand ils islamisaient des peuplades, ils commençaient par leur apprendre la langue arabe, langue du Coran. Le mot « barbare » a été utilisé par des Arabes qui désignaient ainsi ceux qui ne parlaient bien l’arabe ; ils disent : barber, qui signifie « balbutier » ou prononcer mal certains mots.

Nous savons aujourd’hui que toute civilisation est universelle, qu’elle est le patrimoine de toute l’humanité, qu’elle est définie par les mêmes concepts, ceux utilisés au début du XXè s par Thomas Mann : « Raison, lumières, douceur, décence, scepticisme, détente, esprit ». On pourrait ajouter : éthique, droit, Etat de droit, justice, liberté, respect mutuel, reconnaissance mutuelle, foi dans le progrès, dans l’évolution, laïcité, c’est-à-dire séparation de la religion du politique, faisant de la croyance un état intime, personnel, subjectif, etc.

Aujourd’hui, nous sommes plongés dans beaucoup de confusion. Le Contrat social n’est plus respecté de manière universelle. Il y a bien l’organisation des Nations Unies qui essaie de faire respecter ce contrat entre les peuples divers et semblables. Mais le fait même que cette organisation est nécessaire prouve combien les civilisations sont fragiles, combien le « vivre ensemble » est devenu difficile.

Les conflits ont toujours existé. Certains ont voulu les expliquer en stigmatisant une religion, l’islam. Religion monothéiste, reconnaissant, respectant et célébrant les prophètes qui ont précédé Mahomet, elle est arrivée au septième siècle pour mettre un terme définitif aux religions révélées, faisant de Mahomet le dernier envoyé de Dieu, celui qui scelle la prophétie n’étant lui-même qu’un porte parole, celle de Dieu. Et cet islam s’est présenté comme « soumission à la paix » ; le verbe arabe « istasslama » signifie « s’est rendu à la paix », celle du cœur et de la foi.

Ce que les hommes ont fait de cette soumission est autre chose. Si nous consultons les textes, si nous faisons de ces textes une lecture intelligente, c’est-à-dire non littérale, non primitive, une lecture métaphorique, large, ouverte qui ne colle pas aux mots et aux images, si nous arrivons à traiter le Coran comme de la poésie pure non dénuée d’information, alors l’islam ne posera pas de problème.

Ce qui pose problème aujourd’hui c’est l’ignorance, mère de tous les fanatismes, source de tous les malentendus, foyer de guerres, de haine, de racisme. L’ignorance a une capacité extraordinaire de mobiliser les gens. Le mensonge, la manipulation des esprits, l’incitation à la violence sont des ingrédients qui donnent souvent des résultats. Il faut savoir exploiter les frustrations des gens. Les foules adorent le spectacle dont elles sont elles-mêmes les protagonistes. Haranguer les foules est un processus qui a donné des résultats effrayants avec les discours nazis et fascistes ; le bruit, les mots répétés, criés, hurlés, occupent tellement l’esprit qu’ils paralysent l’intelligence, assassinent l’esprit critique, éliminent le doute et font triompher l’horreur mensongère. C’est une technique éprouvée. Elle fonctionne bien à la télévision, sur la toile du net, avec des cdroms, mettant à profit tous les appareils de la technologie moderne.

D’un côté nous avons les ignorants qui ne veulent pas apprendre, qui refusent d’ouvrir les livres, qui méprisent tout ce qui vient d’en face. De l’autre, nous avons des gens qui ouvrent mal les livres, les lisent de manière littérale, sans subtilité, sans recul. Ils donnent de leur religion une image caricaturale, haïssable, faisant fuir ceux qui souhaitent la connaître. Ils jouent sur la peur, ils sont eux-mêmes animés par la haine de la culture de l’autre. Nous avons alors face à face deux types d’ignorances qui s’affrontent et détruisent les civilisations.

Si le monde occidental semble aujourd’hui peu disponible pour accepter l’islam, c’est en partie la faute de ceux qui détournent cette religion et en donnent une image de terreur et d’inhumanité. Lorsque des Talibans, au nom de l’islam, détruisirent en mars 2001 puis en mars 2008 des statues géantes de Boudah datant de plusieurs siècles, aucun pays musulman n’a protesté. Ce manque de réaction est la preuve terrifiante de l’ignorance. Faire exploser des œuvres d’art appartenant au patrimoine de l’Afghanistan et aussi au patrimoine de l’Humanité et ne pas réagir, ne pas voir là le triomphe de la barbarie, est une défaite de la pensée et de l’idée de culture et de progrès. Non que les statues soient plus importantes que les hommes qu’on assassine, loin de là, mais l’indignation devrait être la même, qu’on détruise une œuvre d’art ou qu’on tue des innocents. L’ignorance vient de la confusion entre des œuvres qui témoignent d’une civilisation passée avec des idoles que les Bédouins adoraient avant l’arrivée de l’islam. Or ces statues n’étaient pas vénérées par les musulmans afghans ou pakistanais. Elles étaient là depuis longtemps et ne gênaient aucunement la pratique de la foi musulmane. C’est du même niveau que le refus par les Talibans de faire vacciner leurs enfants contre la Polio, parce que ce vaccin serait « la cause d’infertilité et ferait partie d’un complot anti-musulman ». Ignorance grasse, dangereuse, criminelle.


Si choc il y a, il n’est pas là où Samuel Huntington et ses adeptes le placent. Les civilisations ne se font pas la guerre. Les ignorances de part et d’autres sont à l’origine de toutes les guerres, de tous les conflits que ce soit à l’échelle de la planète, entre Etats, ou à l’intérieur d’un même pays où l’analphabétisme et l’obscurantisme sont des terrains favorables au fanatisme. La religion a en principe pour fonction d’apaiser les angoisses métaphysiques de l’homme. La foi, la célébration de la spiritualité, la croyance en un autre monde, tout cela est légitime. Chacun fait ce qu’il peut pour affronter ses angoisses, ses peurs irrationnelles. Notre rôle est de ne pas les juger. Il faut accepter la diversité et les différences de pensées, les autres croyances et ne pas se mêler de ce qui devrait être de l’ordre de l’intime, du strictement personnel. Or le XXè s a déplacé le foyer de la religion pour le jeter dans la fournaise des conflits politiques. Il faut rappeler que si le prophète Mahomet a été non seulement un messager de Dieu mais aussi un chef d’Etat, un chef armé, d’après l’expression de l’orientaliste français Maxime Rodinson, c’est parce qu’il a été combattu par les armes et qu’il avait dû s’enfuir de la Mecque et se réfugier à Médine où il finira ses jours. C’était en 622 de l’ère chrétienne, année où commence le calendrier lunaire de l’islam qu’on appelle « l’hégire » (Higera, veut dire en arabe émigration).

Le Coran, texte considéré comme le seul miracle de l’islam, est un livre qui a été révélé durant plusieurs années. Ce n’est qu’une vingtaine d’années après la mort de Mahomet que les versets ont été réunis en sourate par les Compagnons du Messager de Dieu. Comme tout livre religieux, le Coran peut être lu de manière littérale ou de manière plus ouverte. Or c’est la lecture littéraliste qui va l’emporter. Cette lecture refuse de « penser le Coran » (titre d’un ouvrage important écrit par Mahmoud Hussein aux Editions Grasset ; 2009). Penser le Coran consiste entre autre à admettre une évidence : il faut placer les versets dans le contexte historique de l’époque où ils ont été révélés au Messager de Dieu. Comme l’écrit Mahmoud Hussein « On ne peut pénétrer le sens de la plupart des versets du Coran, sans les replacer dans le contexte historique où ils ont été révélés ». Il est dit dans le Coran qu’un effort d’interprétation est nécessaire afin d’accorder les enseignements coraniques aux conditions changeantes de la vie. En même temps Dieu laisse libre le croyant et lui rappelle la responsabilité de ses actes qu’il devra assumer seul. Par ailleurs, vous ne trouverez nulle part dans Le Coran une justification du suicide, de l’action kamikase, et encore moins des attentats tuant des innocents au nom de l’islam, d’autant plus que le djihad est considéré comme un effort sur soi et non un engagement guerrier hors du contexte historique de l’époque où le Prophète était combattu par des incroyants adorateurs d’idoles.


Pour revenir à ces dernières décennies, même si le mouvement des Frères Musulmans date de 1928 (Egypte), ce sera surtout avec la révolution iranienne conduite par Khomeiny que l’islam va devenir une idéologie et envahira la scène politique de manière violente, intolérante, sanglante. Khomeiny a fait une lecture politique de la religion musulmane et uniquement politique à tel point qu’il déclara « l’islam est politique ou n’est pas ». Ce détournement a été possible grâce à l’environnement désastreux dans lequel vivent les populations musulmanes que ce soit dans le monde arabe ou dans certaines régions asiatiques. A partir de cette victoire iranienne, tous les aspirants à l’islamisation de la société se sont trouvés confortés dans leurs ambitions. N’oublions pas que la révolution iranienne a été concomitante avec l’occupation de l’Afghanistan par les soviétiques, ce qui entrainera une lutte de résistance au nom de l’islam contre cette occupation par un Etat communiste donc athée. On ne peut comprendre ce qui se passe aujourd’hui en Afghanistan et au Pakistan ainsi que dans d’autres régions du monde où sévit le terrorisme d’Al Qaeda si on ne décode pas l’occupation de l’Afghanistan.

Les Soviétiques ont pu tirer leur épingle du jeu en sacrifiant des milliers de soldats et des milliards de dollars. L’Amérique leur a emboîté le pas et on connait la suite, une suite qui sévit encore et dont on ne sait comment Barack Obama va se dépêtrer.


Après la guerre froide où l’Amérique a cultivé une peur réelle ou imaginaire du bloc communiste, après les clivages idéologiques et politiques, cette même Amérique a mis en avant l’opposition culturelle où le substrat religieux tient une place majeure. Avec la guerre contre le terrorisme d’origine orientale dans le sens géographique, l’Orient musulman est devenu l’Autre, celui auquel on ne peut pas s’identifier.

Rappelons d’abord ce que dit Samuel Huntington (dans l’article paru au printemps 1993 dans le Revue Foreign Affairs sous le titre désormais célèbre « Le choc des civilisations ») : « Mon hypothèse est que, dans ce monde nouveau, la source fondamentale et première de conflit ne sera ni idéologique ni économique. Les grandes divisions au sein de l’humanité et la source principale de conflit seront culturelles. Les Etats-nations resteront les acteurs les plus puissants sur la scène internationale, mais les conflits centraux de la politique globale opposeront des nations et des groupes relevant de civilisations différentes. Le choc des civilisations dominera la politique à l’échelle planétaire. Les lignes de fracture entre civilisations seront les lignes de front des batailles du futur. »


L’intellectuel Palestinien Edward Said qui a vécu en Amérique (1935-2003) a démontré combien les thèses de Huntington sont fondées sur un ensemble de préjugés et sur une grande ignorance de cet Orient qu’il oppose à l’Occident, ici l’Amérique. Pour lui, « l’essentiel de l’argumentation repose sur une notion floue de ce que Huntington appelle « identité liée à la civilisation ». Par ailleurs, Edward Said écrit dans son livre « L’Orientalisme » : « Aucun de ceux qui, aux Etats-Unis, sont impliqués du fait de leurs fonctions au Proche-Orient ne s’est jamais sincèrement identifié avec les Arabes, que ce soit d’un point de vue culturel ou politique ; il y a bien eu des identifications à certains niveaux, mais elles n’ont jamais pris la forme « acceptable » de l’identification des Libéraux américains avec le sionisme… »

La question palestinienne reste le point où se cristallise cette confrontation entre l’Orient et l’Occident. C’est une image grossière et caricaturale, mais nous savons tous que le jour où une vraie paix existera entre les peuples Palestinien et Israélien, le jour où les Palestiniens auront un Etat viable à côté de l’Etat d’Israël, le jour où la haine et la peur auront cessé de susciter la guerre, le jour où on abattra le mur construit entre les deux peuples, on ne parlera plus de « choc des civilisations », on dessinera l’avenir des enfants avec la passion du savoir, avec la volonté de « vivre ensemble » et de construire une société où l’Esprit acceptera la réalité avec ses difficultés, ses couleurs et ses complexités. Mais la paix, si elle est le vœu d’une grande partie des deux peuples, elle n’est pas l’objectif de ceux qui ont besoin de ce conflit pour exister.

Dans ce conflit, tout est réuni pour que des cultures et les peuples qui les portent s’opposent et se déchirent. La religion s’en est mêlée, ce qui fait que compliquer l’éventualité d’une entente entre Israéliens et Palestiniens. L’ignorance grandit, le fanatisme se développe et se répand partout.

Ces dernières années on a observé que les Etats européens virent de plus en plus vers la droite. Dernier en date, le vote suédois aux législatives a donné quelques voix à l’extrême droite qui entre pour la première fois au parlement. Le thème qui a été le levier de ce parti a été la peur de l’islam. Ce n’est pas nouveau. Il y a longtemps que l’italien Berlusconi (assez analphabète d’une certaine manière) a décidé que « l’islam est incompatible avec la modernité » ! Ceci signifie que l’islam est en Europe. La religion musulmane est la deuxième religion en France. Mais comme le rappelle Edward Said « l’Islam se trouve dès le début à l’intérieur, ainsi que Dante lui-même, grand ennemi de Mahomet, dut le concéder en plaçant le Prophète au cœur de son Enfer ».

 

L’Orient n’est pas un fait de nature inerte. Il bouge, il est compliqué comme tout ce qui est vivant. Il y a évidemment des affrontements à l’intérieur de cet Orient si complexe, si difficile à cerner. L’Occident est plus structuré, mais souffre d’une myopie quand il regarde ce qui n’est pas lui. Il a créé ce que Edward Said a nommé l’Orientalisme. Mais comme il l’écrit dans son livre « l’Orientalisme est une forme de domestication de l’exotisme ». Car il n’y a pas de rejet, il y a incompréhension ou plus précisément, des préjugés qui prennent la place d’une vision objective, sereine, ce qui n’exclut pas la critique. Il va falloir se calmer. Revenir à une attitude plus sage, c’est-à-dire plus humaniste, universelle, qui prend en compte la personne et ses droits avant de porter sur elle des jugements rapides, ce qui conforte le racisme planétaire. Ce qui fait mal aujourd’hui aux civilisations, ce qui les empêche de se rencontrer et de s’enrichir mutuellement c’est l’ignorance. L’arrogance de l’ignorant est la pire des attitudes.

Il faut commencer par un travail patient et pédagogique auprès des enfants dans les écoles du monde. C’est par là qu’il faut commencer la chasse aux préjugés, c’est là qu’il faut lutter contre l’ignorance qui déforme la vision du monde et porte atteinte à la vérité et à la complexité du monde. Pour le moment, le monde souffre, et nous portons chacun une part de sa douleur.