Affaire de la flottille humanitaire : je voudrais comprendre

Par Tahar Ben Jelloun

15.06.2010
 

Je voudrais comprendre pourquoi l’Italie a voté contre la résolution du conseil des droits de l’homme de l’ONU qui a adopté le 2 juin un texte portant sur « les graves attaques des forces israéliennes contre le convoi maritime d’aide humanitaire ». Il a décidé en outre l’envoi d’une mission internationale indépendante afin d’enquêter sur les faits et sur les violations du droit international résultant de l’attaque israélienne sur la flottille de navires transportant l’aide humanitaire.

Cette résolution a été adopté par 32 voix pour, 3 contre (USA, Pays-Bas, Italie) et 9 abstentions dont celle de La France. Pourquoi le gouvernement italien a-t-il pris cette position dans une résolution raisonnable, modérée et correspondant aux objectifs des Nations Unies pour le respect des droits humains ? Que veut dire l’Italie Berlusconienne ? Qu’elle se range du côté du fort ? Qu’elle s’inquiète pour le droit à l’existence de l’Etat d’Israël même si cet Etat commet des crimes ? Personne de sérieux ne conteste le droit d’exister et de vivre en paix pour Israël. Même le président iranien qui vocifère dans les tribunes internationales se doute bien qu’Israël ne disparaîtra pas. En revanche ce que la plupart des Etats du monde réclame à Israël c’est d’accepter la création d’un Etat palestinien et le retour aux frontières de 1967 avec Jérusalem Est comme capitale. C’est ce que viennent de redire avec force deux des meilleurs écrivains israéliens, Amos Oz (Le Monde ) et David Grossman, lequel a perdu un fils lors de la guerre stupide contre le Hezbollah au Liban en 2006.

En quoi la position italienne favorise-t-elle la paix ? Ce n’est certainement pas en permettant à Israël de faire n’importe quoi, de tuer des civils dans les eaux internationales, de crier à la légitime défense ensuite que cet Etat gagnera sa légitimité. Il ne peut pas continuer à se conduire comme un Etat à part dans l’échiquier international, s’arrogeant des droits qu’il n’a pas, poursuivant une politique de colonisation de terres qui ne lui appartiennent pas, étouffant la population de Gaza par un blocus inhumain et traitant tout Palestinien comme un terroriste, ce n’est pas en optant pour une politique autiste s’inspirant de l’apartheid sud africain, qu’Israël sera en sécurité et en paix.

L’Italie ne lui rend pas service en le ménageant, en votant contre une résolution inspiré par les exigences du droit et de la justice.

La France s’est abstenue. C’est une petite lâcheté. Car elle sait qu’Israël a commis un crime et qu’il faut que justice soit rendue aux familles de ceux que Tsahal a tué parfois à bout portant comme le dit le témoignage de survivants. La France ménage Israël parce qu’elle a la plus grande communauté juive en Europe. Même si cette communauté est divisée, la France ne veut jamais chagriner Israël de peur des réactions violentes qui pourraient avoir lieu sur son territoire.


Je redemande : pourquoi l’Italie se range du côté de la violation des droits, du côté des assassins en plein jour, et ignore la douleur des familles qui ont perdu un être cher dans cette attaque ? Que veut prouver Berlusconi ? Qu’il n’aime pas les Arabes en générale et les Palestiniens en particulier ? Que les immigrés en Italie l’énervent et le rendent furieux ? C’est de la confusion.

La position italienne est indigne d’un Etat de droit et ne correspond certainement pas à ce que pense la majorité des Italiens pour qui la paix est une nécessité urgente dans cette région sur la base de deux Etats et sur la base de plusieurs résolutions des Nations Unies restées lettres mortes.

Israël, avec un gouvernement où l’extrême droite est forte, a opté pour la force et la brutalité. Plusieurs amis de cet Etat évoquent à ce propos le choix par Israël d’un « destin suicidaire ». Pour quelles raisons l’Italie l’encourage-t-elle dans cette impasse ?