Un enfant mort nous regarde

02.10.2015
 

Des enfants meurent tous les jours de maladie ou d’accident. Ce malheur est le plus terrible dans la vie. Mais là c’est un enfant de trois ans assassiné par Bachar al Assad. Il s’appelle Aylan Kurdi. Il avait trois ans. Il aurait pu vivre, aller à l’école, danser et rire, jouer et dessiner des rêves. Il aurait pu avoir des projets et des ambitions s’il était né ailleurs.

Au fait quel âge ont les enfants de Bachar ? Dorment-ils bien ? Ont-ils vu le dentiste pour éviter les caries ? On est inquiet,  on voudrait savoir s’ils se portent bien, s’ils ne manquent de rien. Parce que tout autour de leur maison des citoyens en armes tentent de renvoyer leur père à son premier métier, la médecine. Mais il est très occupé. Il n’est pas sûr que le soir il trouve le temps d’aller leur raconter une petite fable avant de s’endormir et de faire de beaux rêves. Peut-être qu’il les a envoyé loin, à Londres par exemple où ils devraient vivre en toute sécurité avec leur maman.

Il y a la guerre et puis il y a l’exil. Des réfugiés syriens errent dans le monde. L’Europe ne peut pas aujourd’hui se détourner des conséquences de cette guerre. Lorsque le peuple syrien est descendu dans les rues de Damas manifester pacifiquement contre la dictature que Bachar a héritée de son père Hafez, il fut reçut non pas par des jets d’eau mais par des rafales de mitraillettes qui ont fait des centaines de morts. C’était en mars 2011. Le monde savait de quoi était capable cette famille de malheur pour rester au pouvoir. Le père avait donné l’exemple en tuant en février 1982,  40 000 opposants à Hama, en toute impunité. Cela s’est passé dans un huis clos absolu.

Avec l’appui de la Russie et de l’Iran, Bachar a entamé une guerre sans merci contre son peuple. Depuis, les choses se sont compliquées et l’islamisme radical s’en est mêlé, ce qui arrangeait bien la stratégie de Bachar qui dit au monde : c’est moi ou le chaos islamiste !

Puis il y eut l’utilisation en août 2013 d’armes chimiques. Obama s’est énervé. Juste un petit énervement, une mauvaise humeur. Sans plus. Les Européens attendaient de voir ce qu’allait faire l’Amérique. Elle ne fit rien. Ainsi fut délivre « le permis de tuer » à un grand assassin, Bachar al Assad.

Des millions de syriens ont fui. Un million au Liban. Et un peu plus de trois autres millions éparpillés dans le monde dont la famille du petit garçon retrouvé la face contre le sable à la plage de Bodrum en Turquie. L’embarcation devait aller à Kos en Grèce. Le malheur s’est abattu sur elle et voilà un naufrage non seulement d’une dizaine de citoyens syriens expulsés de leur maison par la guerre et par l’indifférence du monde, mais d’une humanité meurtrie, trahie, dont le sort fait honte au monde. Comme l’a écrit quelqu’un en turc en voyant cet enfant, le corps inanimé, c’est « l’Humanité échouée ». C’est la civilisation dans tous ses échecs, c’est la victoire de la barbarie qu’elle vienne des rangs de Daech ou de la tête de Bachar.

Cet enfant jeté par les flots rappelle la petite vietnamienne qui courait nue fuyant les bombardements. Il rappelle le silence des uns, l’impuissance des bonnes âmes, mais surtout il nous dit que le monde est ainsi : la barbarie a pignon sur rue ; on tue et en égorge et on filme le carnage. Le peuple syrien est abandonné de tous. Demain ce sera un autre peuple qui subira le même sort. C’est cela l’avenir du monde. Avant on croyait à la solidarité, à la bonté, à l’humanité. Tout cela est bien fini. Bachar, après bien d’autres massacreurs de leurs peuples, nous dit calmement, c’est moi ou le chaos, un chaos mis en scène par ses services. Et le tour est joué.

La photo du petit garçon hantera ses nuits. Mais, vidé de toute humanité, il n’aura aucune émotion, aucun geste et passera une bonne nuit jusqu’au jour où il n’y aura plus de peuple syrien en Syrie.