Attention : régression !

02.10.2015
 

Si je dis « les Marocains sont intolérants », je recevrai une volée de bois vert. Pourtant cette réaction prouve combien nous ne tolérons pas beaucoup les idées différentes des nôtres, des attitudes personnelles ou des comportements qui ne sont pas conventionnels.

Nous ne sommes pas tolérants parce que nous ne sommes pas démocrates. Tout le monde parle de démocratie et on pense que ce système de vie tombe du ciel alors qu’il concerne chacun d’entre nous dans sa vie quotidienne. Nous pensons que c’est le pouvoir politique qui doit instaurer la démocratie. Certes oui, mais il y a aussi la part du citoyen. La démocratie c’est le pouvoir du citoyen qui s’exprime en toute liberté, autrement dit c’est le fait que l’individu est reconnu et que sa voix a la même valeur qu’une autre voix. Or, nulle part dans le monde arabe l’individu n’a émergé. Il y a des tentatives ici ou là, mais cela reste à un niveau modeste. Le travail de la société civile (surtout grâce aux femmes) essaie d’initier les citoyens à certains aspects de la démocratie.

Le fait d’invoquer l’islam pour justifier le harcèlement de jeunes filles portant des jupes pas assez longues, ou d’empêcher une jeune fille qui a été violée d’avorter, ou de s’en prendre à un jeune homme présumé homosexuel, est une insulte à cette religion. Pas besoin de se cacher derrière l’islam pour exercer son fanatisme et son intolérance. Nous sommes en train de régresser, de nous accrocher à des faux problèmes pour éviter d’affronter les difficultés importantes.

La société marocaine dans sa majorité est en train de maquiller les incompétences, les failles et les urgences par le voile de la fatalité, genre c’est ainsi, on n’y peut rien, on verra plus tard etc.

On est plus choqué par la représentation d’un drame que par le drame lui-même. Ce qui a choqué beaucoup de gens dans l’affaire du film de Nabile Ayouche, ce n’est pas le fait réel (hélas, mille fois hélas) de la prostitution qui gangrène le pays, mais le fait de montrer par des images et des mots cette réalité. On ne peut pas avancer et lutter contre ce mal si on ne le montre pas du doigt et qu’on dissèque les raisons qui font qu’une jeunesse se laisse happer par cette dérive.

Si nous en sommes à ce stade aujourd’hui, où un conservatisme étroit se répand un peu partout, si nous ne permettons pas à la liberté de s’exprimer, si nous mettons sous le tapis nos défauts et nos difficultés, alors le Maroc qui avait pris un élan positif et prometteur, ce Maroc là est en train de sombrer dans l’absurde et l’absence de lumière, il risque un jour de rejoindre le chaos de certains pays du Moyen Orient avec une administration pléthorique et inefficace, avec une rhétorique d’un langage creux et sans intérêt.

La raison de tout cela est dans la faillite de notre système d’éducation. L’école a failli, la famille a failli, et nous voilà à nous contenter de peu en disant « Kdi haja », cette expression a fait le malheur de la société. Pendant ce temps là, l’éducation est en partie entre les mains du privé qui fait un bisness florissant.

Je suis peut-être pessimiste. Mais le fait de lire de plus en plus d’articles dans la presse internationale où des journalistes se désolent de ce qu’est en train de devenir le Maroc, n’incite pas à l’optimisme.

Pour être concret je propose de  (tout part de l’éducation) :

 

--revoir les manuels scolaires ;

--former des enseignants dans l’esprit d’ouverture et de progrès ;

--faire taire les charlatans qui disent n’importe quoi sur l’islam ;

--défendre la femme et non pas ses harceleurs ;

--accepter la diversité et la différence quelles soient d’ordre philosophique ou sexuel ;

--prendre exemple sur des sociétés qui ont reconnu  l’individu en tant qu’entité unique et singulière ;

--renoncer définitivement à la censure (au temps de l’internet et des réseaux sociaux, la censure n’a aucun sens) ;

--débattre de tout sans tabous dans le respect et la tolérance ; tout doit être objet d’analyse critique.

--donner les moyens à la société civile de se développer et de réaliser ses projets

--créer des centres culturels et bibliothèques avec des moyens conséquents

--dévier de notre région certaines télévisions satellitaires qui sont des outils de propagande de la régression et de l’obscurantisme. Oui, parfois il faut avoir le courage de protéger notre jeunesse de ces flux toxiques.

Bref, il faut miser sur la culture et l’éducation, développer l’habitude du dialogue libre et nommer les choses. Enfin, les parents comme les enseignants doivent engager une lutte pour réhabiliter la lecture.