Ces Chrétiens qu’on assassine au nom de l’islam

Par Tahar Ben Jelloun.

22.05.2015
 

Plus que jamais le Maroc doit rester fidèle à sa tradition de respect et de protection des autres religions monothéistes. Synagogues et églises font partie du paysage du pays et aussi de son histoire. De tout temps la monarchie a été vigilante quant à leur sécurité. Nous n’avons pas ou très peu de Marocains musulmans convertis vers le catholicisme. On peut rappeler sans choquer personne que la conversion est très mal vue.

EN 1928, Mohamed Ben Abdeljalil, né à Fès en 1904, ayant accompagné ses parents au pèlerinage à la Mecque, s’est converti au catholicisme et ce fut l’orientaliste Louis Massignon (le grand spécialiste du poète soufi Al Hallaj) qui le baptisa. Il s’appela dès lors Jean Mohamed. Grand émoi dans la famille. De mauvaises langues racontent qu’à sa mort en 1979, la famille aurait refusé de lui faire des funérailles. Il a été enterré à VilleJuif. Ce cas a souvent été cité à cause de son aspect exceptionnel.

Pendant ce temps là, au Proche Orient, les chrétiens d’Orient vivent des moments difficiles sinon tragiques.

 

En persécutant les Chrétiens d’Orient, Daech ne fait que poursuivre la stratégie criminelle d’Al Qaïda entamée dès 2011.

Les Chrétiens d’Irak étaient au nombre d’un million en 1980, ils ne sont aujourd’hui que  300 000. En Syrie, les Chrétiens étaient 1 300 000 ; ils ne sont aujourd’hui que 700 000. Quant aux  Coptes d’Egypte qui représentent 10% de la population totale, ils sont eux aussi devenus, comme cela a été déclaré dans un communiqué d’Al Qaïda « des cibles légitimes », des hommes et des femmes dont le sang est licite pour être versé.

Tuer des Chrétiens qui prient, comme cela s’était passé le 6 novembre 2011 dans la cathédrale syriaque catholique Notre Dame en Irak, (58 morts et 67 blessés), faire exploser une voiture piégée devant une église copte à Alexandrie la nuit de la Saint-Sylvestre 2011 (21 morts et une centaine de blessés), ne pouvait avoir qu’un but : celui de créer la panique et de les faire fuir.

Daech s’est illustrée le 15 février 2015 par la décapitation de 21 Coptes d’Egypte. Image spectaculaire terrifiante. En fait, cette organisation criminelle est d’abord partie en guerre contre l’Occident, ensuite c’est dans les pays musulmans qu’elle a commis le plus de massacres et continue sa sale besogne.

L’islam, non seulement reconnaît et respecte les autres religions monothéistes, mais ordonne aux musulmans de respecter et de célébrer les prophètes qui ont précédé Mahomet. Ainsi, il est du devoir de chaque musulman d’être respectueux envers Abraham, Moïse et Jésus au même titre que Mahomet, désigné par Dieu comme le dernier des prophètes, celui qui clôt le cycle de la prophétie. Même si au début de l’expansion de l’islam, Mahomet a dû faire la guerre aux juifs et aux chrétiens. Mais c’était un autre contexte lié à l’histoire d’une époque où l’islam était combattu les armes à la main.

Ceux qui aujourd’hui s’attaquent à des innocents en train de prier, trahissent l’ordre coranique et participent à la falsification du message de Dieu. Mais qui sont ces « barbares » ? Qui les finance ? Qui les protège ? Qui planifie leurs crimes ? D’après leurs plans, après les juifs, ce serait le tour des Chrétiens. Après on passerait aux « mauvais » musulmans et ainsi de suite. La spirale de l’horreur est en marche même si l’ordre des tueries a sa propre logique.

On sait qu’à partir de 1948, des juifs arabes ont dû quitter dans la hâte et la peur  Alexandrie, Damas et Bagdad et plus tard le Maghreb. Ils sont partis soit en Israël soit ailleurs dans le monde. Ces pays se sont appauvris du fait que cette communauté se soit exilée. Le Maroc qui avait protégé les juifs durant l’époque de Vichy en sait quelque chose. Aujourd’hui c’est au tour des Chrétiens de fuir. Il s’agit, en plus d’un crime contre l’humanité,  d’appauvrir de nouveau le monde arabo-musulman. Cela s’inscrit dans le projet de détruire une civilisation faite de diversités culturelles et religieuses.

Des milliers de Chrétiens irakiens et syriens ont été obligés de s’exiler et de demander l’asile dans plusieurs pays d’Europe. Malheureusement la France est celle qui accueille le moins de réfugiés.

L’exil c’est une blessure, une déchirure cruelle. Ne l’aggravons pas en fermant les portes de l’espoir.