Abolitions

Par Tahar Ben Jelloun.

22.05.2015
 

Au moment où l’ambassade du Maroc à Berlin en présence de deux ministres, de plusieurs députés et d’intellectuels essaie de présenter l’ère nouvelle de notre pays aux Allemands, au moment où tout un travail est fait –et bien fait—pour donner du Maroc une image de pays moderne, modéré, pacifique et réformiste, voilà que deux ministres du PJD se marient en secondes noces avec l’approbation de la première épouse, du moins pour l’un des deux. La polygamie n’est pas interdite mais en vérité elle est impossible parce qu’il faut au musulman traiter et aimer également chacune des femmes. Pour cela il faut être un géant de l’amour, un héros, un personnage de roman ou de la mythologie. Donc, il faut oublier la polygamie.

Le Monde du 19-20 avril 2015 s’est bien moqué de MM. Lahbib Choubani (ministre des relations avec le Parlement) et Mustafa Ramid (ministre de la justice), tous les deux officiellement polygames. Ce dernier vient de nous donner quelques leçons de morale qu’il aurait bien fait de garder pour lui. Dans une récente declaration, il a dénocné “l’atteinte aux bonnes mœurs comme le fait d’accepter la dépénalisation des relations sexuelles entre un homme et une femme, qui ne sont pas unis par un lien légitime, ou la rupture solennelle du jeûne dans un endroit public ou encore d’autres propositions qui touchent la conscience de la société”.  

 

Ce genre de faits nuit à l’image du Maroc. Les associations pour la défense des droits de la femme ne manqueront pas de dénoncer cet anachronisme propre à certains islamistes vivant dans des pays rétrogrades et moyenageux. Pour être plus simple, ne faut-il pas interdire la polygamie ? Ce serait un geste significatif pour des millions de femmes. Personne ne me fera croire que c’est avec plaisir que la première épouse accepte l’arrivée de la nouvelle, probablement plus jeune qu’elle et qui sera aimée avec un nouveau désir.

Autre proposition qui améliorerait l’image de notre pays serait l’abolition de la peine de mort. Même d’un point de vue religieux, l’Etat ne devrait pas s’arroger le droit d’exécuter un condamné. Dans les faits le Maroc n’applique plus la peine de mort. Alors pourquoi ne franchit-il pas le pas en proposant au parlement d’abolir cette pratique qui n’a jamais empêché l’être humain de commettre les cimes les plus crapuleux. Tout a été dit sur cette pratique inhumaine et inefficace. On n’a qu’à relire le fameux plaidoyer prononcé par Me Badinter en 1981 pour convaincre l’assemblée nationale de voter l’abolition de la peine de mort.

D’autres condamnations peuvent se substituer à cette peine : la prison à vie pour des crimes particulièrement odieux ; la castration chimique pour les pédophiles qui violent et assassinent leurs victimes.

Certains Etats d’Amérique refusent de renoncer à cette pratique barbare. Toutes les études ont prouvé que cela n’est pas dissuasif. Ceux qui ont en eux l’instinct de mort très développé commettent des crimes. La morale, la prévention, la pédagogie ne servent à rien. La mort donnée sur une chaise électrique ne sert à rien non plus si ce n’est de satisfaire bêtement l’instinct de vengeance chez l’homme.

Soyons audacieux et modernes : Plus de polygamie et plus de peine de mort. On gagnera sur deux tableaux, le social et le juridique.

Avec ces deux abolitions, l’image du Maroc gagnerait énormément et ferait de ce pays un modèle de progrès et d’émancipation.