Sans honte, sans pudeur.

Par Tahar Ben Jelloun.

28.05.2014
 

Comment dit-on « honte » en arabe ? Il existe plusieurs mots, plusieurs expressions.

Mais quel que soit le vocable, certains n’ont que faire de cet état. A peine avalées les

images pathétiques et révoltantes de la réélection de Bouteflika en Algérie, voilà que

Bachar al Assad le grand meurtrier du peuple syrien annonce sa candidature pour un

nouveau mandat présidentiel. Ainsi il a besoin de « légitimer » sa sale besogne. Pour

lancer des bombes sur une population pendant son sommeil, il veut qu’il soit de

nouveau élu, pas à 51%, non, mieux que Bouteflika, il sera élu à plus de 90%. C’est ainsi,

tout est joué d’avance. Et on le laisse faire. Il poursuit en toute impunité sa stratégie de

vider son pays de son sang et d’aller jusqu’au bout de l’horreur. On dira après Merci à M.

Poutine, merci à l’Iran, au Hezbollah et à l’indifférence américaine et européenne.

Quant à l’Algérie, tout a été dit et montré. Mais il y a des équilibres à maintenir et des

privilèges à sauvegarder. Si ce pays était moyennement riche, il aurait été certainement

plus juste et plus prospère. Mais on sait que le gaz et le pétrole sont des ingrédients qui

font plus de mal que de bien.

La Syrie a été abandonnée par tous. Les gens crèvent, certains sans se battre, d’autres

parce que leur combat a été infiltré par des djihadistes sans foi ni loi.

Ni honte ni pudeur. C’est ainsi. Certains citoyens se plaignent de la mauvaise image qui

colle à la peau du monde arabe. Il est vrai que c’est dur de circuler aujourd’hui avec un

passeport arabe. La suspicion est générale. L’amalgame est vite fait.

Pendant ce temps là, le pouvoir égyptien prononce des condamnations à mort contre des

islamistes comme s’il annonçait la météo. Rien ne va plus. L’espoir est froissé, piétiné et

les peuples souffrent.

Al Sissi, lui aussi veut être élu président de la république. Pour cela il s’est auto proclamé

maréchal ! C’est fou ce que le pouvoir peut rendre stupide et cruel. Maréchal ! Et

pourquoi pas Prix Noble de la Paix ! Après tout l’ex général Al Sissi a expulsé les Frères

musulmans du pouvoir et mis en prison leur chef. Il l’a fait dans le sens de rétablir la

paix en Egypte. Non, il fallait montrer sa force et faire condamner à mort de simples

opposants. Je ne sais pas si cette sentence sera exécutée, mais si l’armée donne l’ordre

de fusiller des opposants, c’est le meilleur moyen d’ouvrir les vannes à une guerre civile.

Tout cela sent mauvais et n’annonce rien de bon. Le chemin de la paix, la vraie, celle qui

s’ouvre sur la modernité, sur l’émergence et la reconnaissance de l’individu est long.

Ni la patience ni le courage ne manquent aux peuples arabes. Mais combien de temps

durera ce cauchemar qui n’épargne personne et détruit tout sur son passage ?