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Chroniques
Chroniques : 119
Giacometti ; exil, soitude |
Posté le 30-09-2009 |
Par Commentaire d'Yves Guignard sur les deux conférences faites à Basle sur Giacometti et à Berne sur "e
Ces points de rencontres entre de vastes déserts. Récit et réflexions suite à deux conférences de Tahar Ben Jelloun.
L’écrivain franco-marocain Tahar Ben Jelloun possède l’une des plumes les plus mélodieuses de toute la francophonie. Mieux encore, au bord de ce continent en péril, l’homme fait figure de phare. Non pas seulement parce que la langue n’est jamais mieux mise en lumière que par ses marges, que l’on songe à tout ce qu’ont pu apporter à la littérature française les Léopold Sédar Senghor, Georges Rodenbach, Charles Ferdinand Ramuz – pour ne prendre égoïstement que les premiers exemples qui nous passent par la tête – mais aussi parce que Tahar Ben Jelloun est l’écrivain d’expression française le plus traduit au monde. Il est un ambassadeur et un passeur qui sait atteindre à l’universel grâce à une poésie propre, ciselée, qui puise, dans la richesse de la langue, la matière de sa propre fortune par des narrations dont l’exotisme rend songeur, touche au plus profond, et laisse au passage une espèce de parfum et quelques traces délicates, tel du sable.
Or, lorsque l’écrivain, récemment fait grand officier de la Légion d’honneur par Nicolas Sarkozy, est de passage en Suisse, ce n’est pas la Suisse romande qu’il honore d’une visite, doublée d’une conférence, mais les villes de Bâle et de Berne, toutes deux alémaniques et francophiles comme l’on sait.
Tout attentive à rendre compte de l’actualité culturelle, littéraire et en particulier francophone de ces régions, la revue des Lettres et des Arts a donc dépêché votre serviteur dans le sillage de l’écrivain afin de témoigner de deux soirées exceptionnelles, qui ont eu lieu les mercredi et jeudi, 16 et 17 septembre 2009.
La première, la ville rhénane, s’est faite une joie d’accueillir l’auteur dans un cadre qui compte parmi ses joyaux, puisque c’est à la Fondation Beyeler qu’on lui a dressé une tribune. Un tel lieu n’était en rien innocent dans la mesure où la conférence portait sur un personnage qui occupe une place de choix aussi bien dans l’univers de Tahar Ben Jelloun que dans les salles d’exposition du musée de Riehen. Alberto Giacometti a été en effet au cœur d’une soirée qui a permis aux participants de découvrir ou de redécouvrir l’exposition consacrée à l’artiste suisse avant d’en entendre parler par l’un de ses intimes. Oh, que l’on n’imagine pas aussitôt que les deux artistes se sont connus ; lorsque Tahar Ben Jelloun quitte le Maroc pour Paris en 1971, un cancer a emporté Giacometti depuis cinq ans déjà. Leur rapport, qu’on voudrait nommer une affinités élective mais qui est peut-être davantage, par delà les années et par delà l’absence, n’en reste pas moins une intimité.
D’ailleurs, selon les propres mots du commissaire de l’exposition, Ulf Kustler, « s’il devait n’y avoir qu’une seule personne pour venir parler d’Alberto Giacometti à la Fondation, il fallait que ce soit Tahar Ben Jelloun ».
Touché sans doute par une telle requête, ce dernier, entre deux séances du jury du Goncourt auquel il siège depuis 2008, a ainsi fait le voyage pour se rendre à Bâle afin de parler de cet artiste auquel il a consacré un livre en 1991. La soirée durant laquelle l’écrivain a évoqué Giacometti était bien entendu sous le patronage de ce texte, réédité chez Gallimard en 2006, mais pas uniquement. Avant tout, et aussi surprenant que cela puisse paraître, il s’agissait de la première conférence de l’écrivain sur ce sujet.
Avec beaucoup de pudeur, Ben Jelloun s’est aussi gardé de se poser en spécialiste et a refusé qu’on le voie comme une autorité quelle qu’elle soit. Giacometti, comme il l’a rappelé, reste pour lui l’artiste qui est parvenu à peupler la « rue d’un seul », cette ruelle de la médina de Fès, lieu mythique de l’univers de l’écrivain, si étroite qu’il est impossible à deux hommes de s’y croiser. Avec la découverte des figures filiformes de Giacometti, cette ruelle pouvait devenir le lieu d’une fête ; cette rencontre allait sceller comme une connivence entre les deux artistes. « C’est comme si je me retrouvais chez cette homme que je n’ai pas connu » telles furent parmi les premières paroles du conférencier avant qu’il ne parle de sa vision très personnelle de Giacometti, notamment dans son lien avec d’autres artistes. Rentré d’un séjour récent à Londres où il a vu l’exposition consacrée à Francis Bacon, Ben Jelloun assure qu’il y voit tout le contraire du Suisse. « Jamais je ne pourrai vivre avec un Bacon » assène-t-il. Pourtant, il y décèle, avec justesse, une même radicalité, une même volonté de mettre l’homme à nu. Mais tandis que Bacon, avec une violence hurlante, taille dans la chair le théâtre de cette mise à nu, Giacometti œuvre dans le dépouillement et le silence le plus total. C’est cela qui touche l’écrivain au plus profond tandis qu’il cite à ce propos Genet : « Il fait le propre dans le corps ». Plus tard, après maintes anecdotes concernant Giacometti, son parcours, ses errances nocturnes, sa fréquentation des prostituées, Ben Jelloun poursuit ses comparaisons et ses confrontations entre les œuvres de Giacometti et celles d’autres artistes. Ce faisant, il crée des images. Il oppose la gourmandise d’un Rodin à la disette d’un Giacometti. Il confronte ensuite la magnificence sensuelle, les rondeurs et le désir d’un Renoir, aux femmes de Giacometti, qu’il décrit « décharnées », « sans attirance ». Le Suisse met ainsi en scène des corps que « la chair aurait habité, et puis abandonné ». Et Ben Jelloun d’évoquer alors le miroir que nous tend Giacometti par le biais de ces figures spectrales, où vient se refléter notre anxiété. Toute la leçon que nous offre le plasticien se trouve dès lors dans ses figures en cela que, par son travail, il nous apprend à faire face à cette anxiété. « Il voyait l’humanité dans sa vérité » conclut-il « ce, sans le début d’un jugement et surtout sans cynisme ».
Les vérités que nous dévoile Giacometti sont enfin mûries dans le secret d’un espace intérieur qui entre en contradiction totale avec l’atelier de l’artiste. Ce témoignage, Ben Jelloun est en mesure de nous l’apporter puisqu’il a fait lui-même le pèlerinage de la rue Hippolyte-Maindron, à propos duquel il a écrit un texte, édité à la fin du volume et intitulé Visite fantôme de l’atelier. Ben Jelloun décrit les lieux comme l’espace « le plus minuscule possible » et dont l’exiguïté était comme nécessaire à Giacometti pour mieux le mettre en présence de « son espace intérieur » qui, lui, s’ouvrait sur l’infini. La mise en scène, dans l’exposition, qui présente une minuscule statuette, seule et rayonnante dans l’immensité d’une salle vide, touche absolument à l’essentiel selon l’écrivain. « Giacometti l’aurait beaucoup aimé, il est comme ça, c’était bien son espace ».
Cette intimité avec l’artiste, telle celle d’un « parent qui aurait vécu chez nous à Fès », a offert à Ben Jelloun la matière non seulement d’un très beau texte aujourd’hui bien connu, mais encore, tout récemment, d’une pièce de théâtre. Et la soirée de la Fondation Beyeler de se terminer sur la lecture d’extraits de ce texte, encore inédit, jusqu’à sa création que tous, y compris l’auteur, espèrent très prochaine. Or, tout comme Giacometti a su se montrer un orfèvre du vide et du dénuement à l’intérieur de son œuvre, le parti pris de Ben Jelloun afin d’évoquer l’artiste suisse dans ce deuxième texte est justement celui de l’absence. L’action est à Tanger, dans un café au bord de la mer, Samuel Beckett y retrouve Jean Genet et tous deux, qui se rencontrent pour la première fois, vont évoquer leur ami commun. Alberto prend des airs de Godot et se fait attendre en vain, quoiqu’il veille à sa façon, tutélaire, sur la scène.
S’il y a justement une personnalité qui nous permet de tisser un lien fort entre les deux conférences, c’est bien l’écrivain Jean Genet, qui a été, lui, un ami de Tahar Ben Jelloun durant de nombreuses années.
La soirée bernoise du lendemain a eu pour thème exil et littérature. « Sujet de bac ! » a plaisanté l’écrivain, qui sentait le sujet un peu piège, au moment de prendre la parole devant les membres de l’Alliance Française de Berne. Qu’à cela ne tienne, car quand le vin est tiré, il faut le boire. Et ce thème cher à Ben Jelloun a été l’occasion d’une conférence fort riche qui a su mettre en parallèle la présentation de son dernier roman Au Pays avec des réflexions nourries aussi bien de sa fréquentation des grands auteurs que de son expérience de psychothérapeute et de travailleur social.
L’exil, d’après Ben Jelloun, ne se résume pas à l’émigration, puisque cette dernière comprend l’idée du retour, mais se définit plutôt par un « arrachement sans retour possible ». L’exil de Mohamed, le héro de son dernier roman, va se cristalliser suite à une révélation qu’il va vivre au moment de son départ à la retraite. Ce Marocain émigré en France est sur le point de rentrer au pays avec ses économies lorsqu’il se rend compte que ses enfants, qui n’ont connu que la France, n’ont pas la moindre intention de le suivre dans ce retour. Or, ce retour sans sa famille est justement ce qu’il conviendrait d’appeler « un retour impossible ». Sans s’en rendre compte, Mohamed a élevé, comme il a pu, de véritables petits Français et ces derniers le condamnent dans une forme d’exil qu’il n’a pas choisi. Son destin imperceptiblement lui a comme échappé des mains.
Si tous les écrivains ne sont pas des exilés, Tahar Ben Jelloun a soulevé la question de savoir si toute littérature n’était pas tout de même une expression de l’exil. Car l’écriture, au fond, ne survient-elle pas nécessairement « d’un pays lointain » selon les mots d’Henri Michaux ?
« Derrière chaque écrivain, il y a un malheur ou un traumatisme » a continué Ben Jelloun pour nous rappeler aussitôt à l’esprit cette grande famille des écrivains « voyous », en rupture avec les termes de la société. L’exil, s’il donne lieu aux mêmes conséquences, ne procède pas toujours des mêmes circonstances, et Ben Jelloun de distinguer à titre d’exemple, celui de la folie avec Artaud, celui de la langue avec Kundera ou celui du plus absolu des déracinements, celui de Mahmud Darwich, le poète palestinien, qui disait « habiter dans [sa] valise ». Ben Jelloun n’oublie pas, au passage, d’évoquer la figure de Samuel Beckett, un « rigolo », vagabondant entre deux langues.
Mais, il n’est pas nécessaire pour autant d’être déraciné, chassé de sa terre, loin de sa langue, ou hors des cadres de la raison pour devenir un voyou et l’exemple de Jean Genet, avec lequel Ben Jelloun va terminer sa conférence, illustre à merveille cet autre thème capital qui est celui de l’exil intérieur. Genet, abandonné à la naissance comme l’on sait, va devenir un exilé social, qui va trouver dans l’exercice de l’écriture son principal instrument de révolte. Les aléas de la vie l’ont conduit en prison, où son moyen de lutter va passer par l’écriture, qui deviendra d’autant plus belle et d’autant plus parfaite que sa cellule est triste et insalubre. La pureté de la langue se transforme en un outil de résistance, pour continuer à parler du pays lointain, dans le cas présent, pour tenter d’en revenir. Une fois dehors, c’est au service des autres que l’éternel révolté va tremper son bec – on eût dit, en d’autres temps, son glaive. Pourtant nulle vérité, nulle cause que « de circonstance » : « Le jour où les Palestiniens auront un état, je ne les connaîtrai plus ! » sont les mots confiés à Ben Jelloun au plus fort d’une cause qui a tant occupé Genet. De là à se demander si cinquante ans auparavant Genet eût été du côté des Juifs, il n’y a qu’un pas que le conférencier ne franchit pas. Il évoquera encore les homosexuels, tant empressés de se ranger derrière la bannière du Genet revendicateur. « Il les détestait » nous confie Ben Jelloun qui raconte les emportements de Genet. En effet, ces derniers militaient pour l’égalité et le respect de leurs orientations sexuelles, ils étaient à des lieux de comprendre l’homosexualité de Genet, cette homosexualité qu’il vivait comme une rébellion, un crachat au visage de la société et qu’il aurait pris comme une insulte qu’on eût pu l’accepter. Genet a vécu en exil dans son propre pays, dans des chambres d’hôtel, avec pour seul bagage, chiffonné au fond de son étui à lunettes, le numéro de téléphone de son éditeur et de quelques amis sur un bout de papier.
L’œuvre artistique prend sa source dans l’exil intérieur en cela qu’elle seule va pouvoir traverser ses espaces infinis et témoigner au bout du chemin de ce qu’ils ont à nous apprendre sur l’homme. Cet exil-ci, il ne fait aucun doute que Genet l’a partagé avec Giacometti, d’où probablement leur si belle entente. Comprendra-t-on par Genet, celle de Ben Jelloun avec Giacometti ? Ou, finalement, ne pourrait-on voir ici le fil invisible qui les relierait tous les trois ?
Le conteur de ces deux belles soirées s’est interrompu sans conclure sur ce point, il n’avait pas à tirer de traits d’union entre les deux conférences, son public n’a pas été deux fois le même. Notre fantaisie a été de le faire, espérant avoir témoigné avec honnêteté des nombreux horizons ouverts par Tahar Ben Jelloun.
"Leaving Tangier" |
Posté le 28-09-2009 |
Par Un article dans la presse anglaise sur "Partir"
CHROMA
Saturday, September 26, 2009
Review: Leaving Tangier by Tahar Ben Jelloun
Leaving Tangier
Tahar Ben Jelloun
Translated from the French by Linda Coverdale
Published by Arcadia Books Ltd
Reviewed by Max Fincher
Honest, informative and moving, Leaving Tangier by Tahar Ben Jelloun is a novel that explores the struggles facing young Moroccan people who want to leave their country in search of a better life. It is a novel that explores dreams, aspirations, isolation, and the need to find a better existence, but leaves us with an overwhelming sense that these dreams are eventually disappointed.
The central character, Azel, has studied law and lives with his mother, Lalla Zohra, and his sister, Kenza, in Tangier. Unemployed, he feels disaffected, and frustrated at not fulfilling his potential. His sister, Kenza, works as a nurse in a private clinic for a miserly surgeon. Azel spends his days in the local cafe where: ‘Long pipes of kif pass from table to table while glasses of mint tea grow cold, enticing bees that eventually tumble in, a matter of indifference to customers long since lost to the limbo of hashish and tinselled reverie’ (p.1). Jelloun evokes a sense of endemic apathy in Azel’s community, where everyone yearns for what they think is a better life across the 8-mile stretch of water to mainland Spain. Azel’s narrative voice is dream-like. He exhorts the young people of Tangier not to ‘give in to the siren call of sadness’ but to believe in the figure of Toutia, a mythical, redemptive woman who offers them hope to cross to Spain.
Al Afia, a local crook and pot dealer, also arranges for people to be smuggled across the water. He is hated by Azel, who holds him responsible for the tragic death of his cousin Noureddine in a boat crossing, along with several others who drowned. A brutal, hard man, Jelloun’s description of Al Afia’s regime of corruption is portrayed with unflinching honesty: ‘he buys everyone, of course, this country is one huge marketplace, wheeling and dealing day and night, everybody’s for sale, all you need is a little power, something to cash in on’ (p.6). ..we stink of corruption, it’s on our faces, in our heads buried in our hearts’ (p.6). Jelloun captures the sense of powerlessness that young men like Azel feel against the corruption of men like Al Afia, who can arrange freedom for a price who dominates their lives: ‘a man so feared, so loved, - or rather, protected – by those who lived off his generosity’ (p.9). Corruption extends everywhere. When Miguel is beaten up by the police who arrest him on a false drugs charge, the police use the opportunity to rape him in prison. Azel calls on Miguel, a wealthy Spanish art dealer who picked him up in the café, to come to his rescue. Employed as a waiter at one of Miguel’s parties, Miguel arranges for Azel to live with him in his villa in Barcelona. For Azel, Miguel epitomizes elegance and luxury, and as Azel hopes, his salvation to a better life abroad.
Miguel’s characterisation follows a long line of gay men, both literary and factual, who enjoy Moroccan men as exotic commodities, as sexually available for a price. We are told that Miguel ‘loved the ‘awkwardness’ of Moroccan men, by which he meant their sexual ambiguity’ (p.32). Azel is entranced and blinded by Miguel’s glamorous lifestyle in Tangier, only to be deeply disappointed when he arrives in Barcelona and is treated like a house boy. Azel encounters prejudice from Carmen, Miguel’s old housekeeper, who represents the conservative traditionalist fears about immigrants. Unhappy, he secretly seeks affection from a prostitute, Soumaya, also an emigrant from Tangier.
Azel and Miguel’s relationship gives us an insight into contemporary Moroccan attitudes to homosexuality that points up how difficult it is to grow up gay in Muslim culture. Azel repeatedly refers to himself as a ‘prostitute’ or a ‘whore’ to Miguel, while at the same time pursuing a relationship with Soumaya where he attempts to prove his masculinity to himself. Azel’s confesses that his relationships with girls were episodic but straightforward: sex was the object, nothing else’ (p.20). He admits to his girlfriend, Siham, that he doesn’t like anal sex: ‘When I was a kid, in my times, I did it a few times with boys, never with girls. I don’t like it much’ (p.25). What emerges in the novel is the overwhelming disdain that Moroccan men, even gay men Moroccan men, feel for the figure of ‘a zamel, a passive homosexual. The ultimate shame!’ Al Afia is a contradiction to Azel’s mind: ‘A man so powerful, so good, lying on his belly to be sodomized!’ That Siham confesses that she can take it both ways, and prefers anal sex because it preserves her virginity, may be one explanation for Azel’s disgust. When Abdeslam, Noureddine’s brother confesses to Azel that he likes having sex with men and to keep it a secret to himself, Azel is shocked: ‘You’re a homosexual’. Abdeslam denies the label, arguing that for him it’s a matter of what he prefers at any given time: ‘I switch back and forth’. What emerges is that Azel views his sexual relationship with Miguel purely as an economic transaction, as another part of his job. There is a culture of secrecy and repression in Moroccan society over men admitting that they desire each other, especially passively, which is associated with Western-European society: ‘In our country, the zamel is the other guy, the European tourist, never the Moroccan, and no-one ever talks about it but it’s not true, we’re like all the other countries, except we keep quiet about those things’ (p.107). Internalized homophobia and repression still operate powerfully in the minds of men like Azel, who admits to not loving Miguel and to their relationship being one based on selfish reasons on both sides.
Azel confesses to Siham, that he feels guilty about having sex with Miguel. He feels desperate that he will end up ‘doubting my own sexuality’. It is difficult to gauge how far Azel is bisexual, confused or suffering from denial and internalized homophobia (p.66). At one point in his diary he notes his complex feelings about being Miguel’s lover, and his fears over what he thinks his mother would think of him: ‘How can I tell her that her son is just an attaye, a faggot, a man who crawls on his belly, a cheap whore, a traitor to his identity, to his sex?...One can’t talk about such things’ (p.68). Later, Miguel reflects that ‘He was always watching himself, afraid of his impulses and couldn’t manage to be spontaneous when they made love’. However, the novel shows that Miguel’s treatment of Azel, treating him like a slave, commanding him to perform the role of a submissive servant and sex object hardly helps matters. We discover that Miguel has adopted two twins, and admits that the ‘gesture is both selfish and generous’, as he is afraid of dying old and alone. His need for Azel is just as selfish: to make him feel younger and desired. Nevertheless, Azel also uses Miguel: he asks him to marry his sister, Kenza, in order that she can secure a visa. As Miguel observes: ‘...there was something in Azel’s eyes that was difficult to put into words, a kind of pseudo-smile, an implicit way of revealing and inadmissible form of deception’ (p.92). By agreeing to marry Kenza though, Miguel hopes to ‘make Azel more manageable’. At no point does the reader feel that Miguel is a victim of a fortune hunter like Abbas, a man whom Azel become friendly with in the barrio of Barcelona, and who later confesses to cynically exploiting rich old gay men, one of whom turns out to be Miguel’s friend.
Jelloun is aware of how, historically, Morocco has lured Western gay writers, like Jean Genet, because Moroccan men have been seen as sexually available. Miguel self-consciously compares himself to Genet at one point in the novel, but one feels that this is a fantasy Miguel indulges in as a self-consciously civilized, middle-class aesthete: ‘Azel thinks I’m Jean Genet, you know – that French writer who used to come to Tangier, a rebel, a great poet, a homosexual who had served time prison for theft....It’s curious – even though I’m sure Azel hasn’t read Genet, he must think he’s pleasing me by acting like street trash. (p.132). Earlier, we are told that ‘Miguel had read the works of Jean Genet and wondered why he loved to say that Tangier was the city of perfidy’ (p.92). Perfidy, or deceit, is the essential theme to many of the lives and stories told here, most notably for how Jelloun feels that the socio-political conditions of Morocco has frustrated and disappointed their dreams and aspirations. Both Azel and Kenza practice deceit, and are in turn deceived by a dream of a paradisal European life that turns into nightmarish struggle to survive economically and socially.
Tahar Ben Jelloun
A multitude of stories are told in Leaving Tangier, of lives lived under the yoke of poverty, oppression and corruption. The stories of Azel’s family – his protective mother, Lalla Zohra who survives selling contraband luxury products, his sister Kenza, his wife, Siham and his friend Malika, educated but enslaved in the local shrimp factory – all give the reader an insight into how hard life can be. As we later learn, even Miguel’s story is similar to Azel’s own. Miguel’s friend Gabriel tells Azel that Miguel’s family were poor and that ‘like you, he had to follow a man, a rich and powerful English lord’. Each of the characters’ narratives in turn draws out unexpected congruences and parallels between each other, and each story fits into the web of shared experiences.
Leaving Tangier is also important for how it explores some of the potential causes and reasons for the rise of Islamic fundamentalism in Morocco. We are shown how intelligent, talented young people can be twisted by desperate circumstances to believe in fundamentalist rhetoric that, while seeming to offer freedom and independence, is ultimately restrictive and oppressive. Unconvinced by the arguments of a man he meets in the café, who tries to recruit him to an Islamist cause, Azel is warned that he will miss Tangier once he leaves: ‘You’ll miss your culture, your religion, your country. We are against emigration, legal or clandestine, because our problems are things we have to solve here and now, without counting on others to fix them for us’. Mohammed Labri, Azel’s friend, joins a fundamentalist cause when he experiences life in Brussels, to disappear to Pakistan ‘never to be seen again’.
Importantly, the novel does not give us a one-dimensional perspective of how and where racism occurs. Azel is shocked and disgusted when he discovers that Kenza is having sex with Nazim, a Turkish man living in Spain whom she befriends. After abusing Nazim to Kenza, she asks him which other nationalities he hates and if this includes Arabs. His reaction shows that he is filled with self-loathing: ‘Arabs? I could never stand them. I’m an Arab who doesn’t like himself’ (p.144). Despite being treated badly by people like Carmen, and ultimately Miguel, Azel’s emotional immaturity and possessive attitude to his sister’s relationship prevent him from him seeing that his own view of Nazim is no different to the way that some Spaniards think of him. More broadly, the novel shows that crossing the water is two-way traffic; the Spanish or ‘Spanoolies’ as they termed who have emigrated to Morocco suffer from the same kind of attitudes that Moroccans encounter in Spain. Jelloun’s reminds us of how fragile a country’s social-political conditions can be and how these conditions can change with time. Not so long ago, it was Morocco that was perceived as a haven for the Spanish from the repressive tyranny of Franco’s regime in Spain. We see Miguel discovering a journal of his father that gives and account of the lives of political refugees in Morocco in the 1950s, and Miguel’s surprise at discovering that it was the Spanish who were the ‘illegal aliens’. When Kenza tried to commit suicide, Miguel finally understands the devastating psychological effects of unhappiness and broken dreams: ‘Miguel now realized that there was something terrifying about the loneliness of immigration, a kind of descent into a void, a tunnel of shadows of warped reality’ (p.199).
Fittingly, the novel finishes on the theme of return with a poetical, dream-like chapter that depicts a universal voyage back to Tangier under the guidance of Toutia, and which symbolizes an infinite number of journeys that have been both desired and undertaken for centuries. As in other of his novels, Jelloun employs the everyman figure of Moha, ‘a holy fool’, an itinerant storyteller who appears and who symbolizes Morocco’s hopes and dreams. As Don Quixote explains to the captain and those assembled: ‘He’s the immigrant without a name! This man is who I was, who your father was, who your son will be...we all hear the siren call of the open sea, the appeal of the deep, the voices from afar that live within us, and we all feel the need to leave our native land, because our country is not rich enough, or loving enough, or generous enough to keep us at home’ (p.219).
Max Fincher wrote his PhD at King’s College London, a queer reading of late eighteenth-century Gothic fiction that was published as Queering Gothic Writing in the Romantic Age by Palgrave Macmillan (2007). He has taught part-time on eighteenth-century fiction and women’s writing, at both King’s College London and Royal Holloway, and is an occasional book reviewer for the TLS. He is currently writing his first novel, tentatively titled The Pretty Gentleman, a queer historical thriller set in the Regency art world.
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Choses vues cet été au Maroc |
Posté le 27-09-2009 |
Par Tahar Ben Jelloun
Choses vues cet été au Maroc
Par Tahar Ben Jelloun
Eté 2009
Une plage au sable fin, blanc, chaud, merveilleux. Une mer bleue. Même l’écume a des relents de bleu. Seul le bruit des vagues lentes, à peine visibles. Peu de baigneurs. Des sportifs courent. Un chien flâne. La plage est propre ou presque ; des bateaux se sont vidangés pas loin des côtes méditerranéennes. Du goudron sur le sable. Je marche et sens que la plante des pieds a ramassé quelques plaques noires. Je râle puis soudain mon attention est attirée par un jeune couple qui s’apprête à entrer dans l’eau. Lui, maillot long, casquette et appareil photo. Elle, en chemise de nuit bleu ciel particulièrement moulante. On devine ses formes. Elle avance dans la mer, plonge toute habillée et ressort de là comme une sirène transparente. L’homme la prend en photo, lui demande de replonger. La femme s’arrête et se tourne vers lui, vers moi. Sa poitrine est magnifique. On discerne bien la forme des seins, les tétons noirs. Sous la chemise de nuit, un slip en coton blanc. L’homme est occupé à la photographier et moi j’admire cette beauté sortie de la mer, le tissu plaqué sur sa peau et on voit un triangle noir, le fameux paradis parfumé. L’homme se retourne et je remarque qu’il est barbu. Sa femme ne doit pas être vue par d’autres hommes. Je recule et lui me lance un regard menaçant. La femme joue avec l’eau, lance des poignets d’écume. Elle est magnifique. L’homme se précipite et la couvre avec une immense serviette de bain. Fin du spectacle. Fin du film érotique. Je continue ma marche et repense à cette sirène qui n’était pas dupe.
Un peu plus loin, un groupe de jeunes femmes, toutes habillées plongent dans l’eau. Elles sont seules, pas d’homme avec elles. Elles s’amusent, s’enroulent dans le sable, sortent en riant. Le fait de ne pas être en maillot ne semble pas les gêner. Elles sortent de l’eau, comme des naufragées fatiguées, se jettent sur le sable et attendent de sécher. Juste à côté, une famille d’émigrés s’installe. Le père plante un parasol et se met à l’ombre. Il lit un journal en arabe. La mère s’occupe des enfants, deux adolescents et trois filles, la plus grande est en maillot deux pièces, les deux autres gardent leur robe. Elles parlent entre elles en allemand. Je ne comprends pas un mot mais je vois qu’elles sont gaies. Avec les frères, elles jouent au volley avec un filet imaginaire. Le père ne dit rien, la mère prépare le déjeuner. Avec son mari elle échange des mots tantôt en arabe tantôt en berbère. Les trois filles se baignent, jouent, crient, s’amusent. A aucun moment on ne remarque que les deux sœurs habillées sont gênées ou mal à l’aise. Allez comprendre. Une en maillot sexy, les deux autres en robe grise.
Je vais à la poste chercher un paquet. Je déteste aller à la poste. Il fait chaud. Je fais la queue et je constate qu’il y a plus de gens dans la file d’â côté, mais la mienne n’avance pas. Un type me dit, viens là, tu passeras plus vite. Je lui demande pourquoi ? Il me répond, ici c’est une sœur musulmane qui est au guichet. Elle est plus sérieuse et plus efficace. L’autre, elle mâche du chwingum et travaille en râlant.
On m’avait déjà fait remarquer que les islamistes tiennent à montrer combien ils sont sérieux et intègres. Une façon de militer pour le parti qui les représente.
Je m’installe au Café de Paris, place de France à Tanger. Je suis avec un ami espagnol. Il me demande pourquoi avoir choisi ce café. Parce qu’il est un excellent lieu d’observation. Tout le monde passe par là. Nous décidons de compter de nombre de femmes voilées et les non voilées. En un quart d’heure, nous arrêtons le comptage : le voile l’emporte de loin. Est-ce à dire que toutes ces femmes avec un foulard sur la tête sont des islamistes ? Non. C’est la mode, d’ailleurs dans la « kissaria » (marché de tissus pour femmes) des boutiques ont ouvert ne vendant que des foulards dans toutes les couleurs et sous toutes les formes. A la vitrine, des mannequins en plastique sont nus, mais coiffés par des foulards élégants.
J’ai vu des hommes noirs, bien habillés se promener dans la médina de Tanger. Pour une fois ce ne sont pas des clandestins malheureux pourchassés par la police. Ce sont des figurants dans un film se passant en Afrique et dont l’acteur principal est Leonardo di Caprio. On a installé un marché africain face au théâtre Cervantes qui est en ruine depuis plus de cinquante ans. C’est là que se passe l’action de ce film.
Le soir j’ai vu Di Caprio dîner avec sa mère au restaurant Le Mirage. Il parlait avec elle en allemand.
Le premier jour du Ramadan le visage de la ville a changé. Les rues sont quasiment vides jusqu’à dix heures du matin. Tout le monde fait le jeûne, même ceux qui ne le font pas. Inimaginable qu’un Marocain musulman sorte dans la rue en train de fumer ou de manger un morceau de pain. La loi l’interdit et les gens ne le permettraient pas.
La ville commence à s’animer vers 13h, juste après la prière de la mi-journée. Plus on s’approche du coucher du soleil (cette année c’est vers 19h Gmt), plus les gens s’activent, s’énervent, se disputent et courent dans tous les sens. Se priver de manger, de boire, de fumer et d’avoir des relations sexuelles, bref changer de fond en comble son mode de vie, rend les gens irascibles. Nous sommes loin du sens spirituel du jeûne qui est considéré par l’islam comme un moment de recueillement, de méditation, de remise en question et de prière.
A la rupture du jeûne, on mange beaucoup, trop de sucreries, de gâteaux au miel, d’œufs durs. On mange vite et trop. Le soir est le moment le plus sympathique du Ramadan. Les gens sont détendus, se fréquentent, s’amusent jusqu’au lever du jour, instant précis où commence le jeûne. Entre vingt heures et vingt deux heures, les mosquées sont pleines pour écouter des théologiens parler de l’islam et de la vie. On appelle ces séances des « tarawihe », sorte de cours et de prêches plus approfondis.
La Porche noire, le play boy et la burqa |
Posté le 27-09-2009 |
article paru dans les pages débats du Monde le 27-28 sept 2009 Par Tahar Ben Jelloun
La Porsh et le fantôme
Par Tahar Ben Jelloun.
Le choc des civilisations se remarque parfois dans des situations ridicules, des comportements stupides provoqués par l’arrogance et l’ignorance. Ainsi, j’étais l’autre jour dans le sud du Maroc et j’ai assisté à cette scène :
Une voiture décapotable arrive à toute vitesse sur une route étroite, une piste pleine de trous. Une voiture de sport, peut-être une Porsh. Elle est conduite par un jeune, tête rasée à la mode, lunettes noires, cigarette aux lèvres et téléphone portable dans une main. Une voiture qui coûte cher, le prix d’une prairie, le prix d’une vie de travail à l’étranger ou le salaire d’un prince. La voiture s’arrête à notre niveau. Le jeune homme est fier de son machin. Il montre le pays à une femme assise à ses côtés, mais une femme enveloppée entièrement d’un voile noir, mains gantés en noir, sur la fente pour qu’elle puisse voir elle a posé des lunettes noires. Un fantôme, une chose qui bouge à peine mais ne parle pas. Cela me rappelle les dernières pages des « Voix de Marrakech » d’Elias Canetti où il parle d’une chose noire qui se meut à peine mais dont on ne voit ni le corps ni aucun membre. Peut-être quelqu’un d’humain est là.
Le jeune homme sort de la Porsh, allume une cigarette et dit en français « C’est beau mon pays ! ». La femme séquestrée dans ce linceul noir hoche la tête. Elle ne prononce aucun mot. Sans que je lui parle, il me dit : « je me suis marié et je repars avec elle, mais problème papiers, ils veulent photo identité visage découvert, ils sont fous, enfin Allah est grand ! » Il passe plusieurs fois la main sur l’aile de la voiture comme s’il caressait la jambe d’une jeune fille nue. A son accent, je constate qu’il est du Rif, pays où l’on cultive du kif avec lequel on fait le hachich. Argent facile. Il conduit un engin comme s’il était prêt à s’embarquer pour la lune et traite sa femme ou celle supposée être sa femme comme une esclave, une chose, un paquet enveloppé dans un service funéraire. Evidemment, il téléphone avec son portable et parle en neerlandais. Il vient de Rotterdam, car la voiture y est immatriculée. La chose le suivra dans son pays d’immigration ou bien chargera-t-il ses parents de lui livrer le paquet par la poste ?
En repartant, il s’arrange pour que nous recevions un nuage de poussière. La chose noire n’est plus visible.
Je n’ai pas eu envie de lui parler. Cela n’aurait servi à rien. Il doit avoir peur des femmes. C’est un problème d’ordre intime et relève de la psychiatrie. Il a peur qu’on lui prenne sa femme, qu’on la viole avec le regard, qu’on la désire en rêve. Alors qu’il la garde en attendant que la pauvre se réveille un jour et prenne sa revanche. C’est déjà arrivé.
Cet individu illustre à lui tout seul toutes les contradictions d’une mentalité de l’âge de pierre avec un pied dans le XXIè siècle. Il utilise les moyens techniques les plus sophistiqués et en même temps traite sa femme comme du bétail.
Ce genre de situation a été dénoncé de manière courageuse et forte par une femme arabe, une psychologue vivant à Los Angeles qui a débattu il y a quelques mois avec un théologien égyptien sur la chaîne Al Jazira. C’était le choc de l’année. J’ai retranscris ce qu’elle a dit et vous en donne quelques passages : « ce à quoi nous assistons aujourd’hui, ce n’est pas un choc des civilisations, mais une opposition entre des mentalités du Moyen-Age et des mentalités du XXIè siècle ; entre la civilisation et l’arriération, entre la barbarie et la rationalité, entre la démocratie et la dictature, entre la liberté et la répression ; c’est un choc entre les droits de l’homme d’une part et la violation de ces droits de l’autre. C’est un choc entre ceux qui traitent les femmes comme des bêtes et ceux qui les traitent comme des êtres humains… »
Cette femme à visage découvert évidemment, parle calmement, martèle ses mots et dit ses vérités à un monde où règne l’hypocrisie et l’obscurantisme. Quand elle dit haut et fort qu’elle est laïque et que la foi est d’ordre privé, son interlocuteur hurle, affolé « tu es athée, athée, ennemie de l’islam ».
Qu’on le veuille ou non, il y a bel et bien deux mondes qui s’opposent aujourd’hui : celui de la liberté et celui de la barbarie, celle notamment qui a fait démolir des statues bouddhistes en Afghanistan et interdit aux femmes d’aller à l’école ou d’enseigner, de se faire soigner par un médecin homme, de rire de manière audible, d’écouter de la musique, de se maquiller (des femmes ont eu les doigts tranchés parce qu’elles ont mis du vernis sur leurs ongles) etc. La barbarie qui envoie des jeunes gens se faire exploser dans des lieux publics, celle qui menace la paix du monde en se réclamant d’un islam qui n’a rien à voir avec cette brutalité et cette folie. Comme a dit la femme courageuse, « les musulmans doivent se demander ce qu’ils peuvent faire pour l’humanité avant d’exiger que l’humanité les respecte ! ».
On a beau dire et répéter que l’Afghanistan et ses talibans ne représentent pas l’islam, que ce qu’ils font est en totale contradiction avec l’esprit et la lettre musulmans, c’est au nom de cette religion qu’ils agissent et parviennent à contaminer une partie de la jeunesse d’origine musulmane qu’elle soit en Europe ou dans les pays du Maghreb.
Le jeune immigré à la Porsh noire avec la femme en noir a disparu convaincu qu’il est un bon musulman, un homme de son temps et probablement un mari qui ne sera jamais cocu !
Tahar Ben Jelloun.
un article sur " Leaving Tangiers" dans le Jakarta Post |
Posté le 28-06-2009 |
Par Charles R. Larsen ; Waschington DC
Leaving Tangier Taking on forbidden subjects in Muslim societies
Charles R. Larson , Contributor , Washington D.C. | Sun, 06/28/2009 11:34 AM | Lifestyle
Early in Tahar Ben Jelloun's eye-opening novel of Arab immigrants crossing from Tangier into southern Spain, the author describes a cat that sneaks aboard a ship headed across the Strait of Gibraltar: "Even the cat was fed up: he, too, wanted something else from life, and needed tenderness, caresses and a kind family who would spoil him.
The cat wanted to go away because he knew instinctively that it was better *over there,' and he had his obsessions like everyone else, coming stubbornly every day to try his best to jump onto *a* vessel bound for Europe."
The cat is more likely to survive a crossing from Africa into Europe than the many men and women who take the plunge and risk their lives, aware that their chances of success are about one in 10. That's the statistic if you agree to the smugglers' terms, which also require a large sum of money. Yet, as one of Jelloun's characters says, "One chance in 10? Better than nothing! A gamble, a long shot. On the other hand, if we just sit here is this cafe, nothing will happen to us, absolutely nothing, and we'll still be here in ten years, drinking the same lukewarm caf' au lait, smoking kif, and waiting for a miracle! In other words: Some work, a decent job-well paid, with respect, security and dignity."
There are other ways, of course, for North Africans to gain entry into southern Europe legally. In many instances they are more risky (and certainly more humiliating) than being smuggled across the seas. This is the focus of Jelloun's brutally honest narrative, which focuses as much on innocence corrupted as it does on the perilous situation of illegal immigrants today: The situation of millions of young men and women in nations around the world trapped between idealism and economic reality. Too often, there are no jobs to keep them in their own countries, where they were educated and then forgotten.
Azel, Jelloun's main character, attended university in Morocco and completed his legal degree but cannot find any work. His sister, Kenza, who also received an education well beyond that of her female peers, is also stuck in a dead-end. Both want to leave Morocco. As their would-be patron, Miguel, states, "When a country gets to the point that the *best' of its children want to leave, it's a terrible thing."
Yet, Miguel, who is Spanish, also takes advantage of their vulnerability, and it is in their exploitation that Leaving Tangier takes a darker turn, bringing up a largely forbidden topic in Muslim societies: homosexuality. Miguel offers to help Azel get a work permit in Spain in return for sexual favors. Azel is naive enough to believe that it'll just be a matter of time before he'll be able to dump his patron and stay on in Spain, returning to his previously heterosexual life. Azel is even happy for a while, still plotting to break away from Miguel, whom he convinces to "marry" his sister so that she'll be able to gain legal entry into Spain. Both siblings believe that sometime in the future, they'll return to Morocco rich and successful.
It doesn't take too long for Azel to start living a double life, sneaking away from Miguel initially to be with female prostitutes and then, eventually, developing a steady relationship with a woman, principally to convince himself that he's still attracted to women. Intentionally, Azel becomes careless about these relationships, knowing that if Miguel learns of them, he'll be hurt. More accurately, Azel wants to be caught because he wants to end his relationship with Miguel. Then, to his surprise, Azel discovers that he's impotent with women.
Jelloun treats these sexual issues unflinchingly, clearly knowing that they will trouble many of his Middle Eastern readers. He also mentions the earlier variant of trafficking in virile, young men-not just Moroccans, but also Senegalese, Cameroonians, even Turks who play lesser roles in his story, particularly in their relationships with Azel's sister.
Ironically, a pattern has been reversed. In the past, it was European men who settled in North Africa where they could enter more discretely into relationships with other men than they could in their own countries. Today, this is often reversed: African males go to Europe, where they can be more comfortable with their homosexuality than at home. And women? Their degradation is similar.
There's not a false note in Jelloun's riveting story. I confess that I peeked ahead to the title of the final chapter ("Returning") before I actually reached it. And I became a bit smug in my assumption that Jelloun was going to produce a happy ending for his bleak story.
That was not the case, nor will I reveal more about his narrative, denying you the many interesting twists and turns of Jelloun's often astonishing story. One important sub-plot, however, is the novel's examination of Islamic fundamentalism, its attractiveness to restless youths in Muslim countries (and in Europe) who have little hope of economic success in a world often stacked against them.
Close to the end of Leaving Tangier, Azel reflects on his situation: "I was ready to do anything to get out of Morocco." How many young men and women in other countries feel exactly the same? What is their lot today during an international economic collapse? Not surprisingly, Tahar Ben Jelloun provides an answer to that question in an almost magical ending to his novel, an extraordinary story of a compelling social problem in today's complicated world.
Charles R. Larson is Professor of Literature at American University, in Washington, D.C.
Leaving Tangier
By Tahar Ben Jelloun
Trans. by Linda Coverdale
Penguin, 275 pp., $15
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