Chroniques

Chroniques : 122

Camp de Fossoli

Posté le 27-11-2009

Sur les pas de Primo Levi (texte publié dans Le Monde du 22-23 novembre 09) et dans La Repubblica

Par Tahar Ben Jelloun

A Fossoli sur les pas de Primo Levi

Carpi, une des plus jolies petites villes du centre de l’Italie, à 58 klm de Bologne ne doit pas être confondue avec Capri. Un groupe de touristes américains s’y sont trouvés l’autre jour et se demandaient pourquoi ils ne voyaient pas la mer. Confusion fréquente mais les différences sont énormes.
C’est une ville de 60 000 habitants dont 10500 immigrés en majorité venus du Pakistan, les autres sont des Marocains et des Chinois. Ils travaillent dans les champs et certains dans la confection. Ville tranquille, fière de sa place, la plus grande en superficie d’Europe, place des Martyrs en mémoire des 16 partisans exécutés et exposés durant trois jours par des soldats fascistes le 16 août 1944.
Toujours à gauche, (les communistes puis les Démocrates de gauche), elle maintient une bonne qualité de vie. Mais cette ville qui comptait au début du siècle dernier plus de cinq mille juifs n’en compte aujourd’hui que sept, ce qui est insuffisant pour ouvrir la synagogue. Pour cela, une raison simple : lorsqu’en 1938 les lois raciales, sur le modèles de lois allemandes de 1935, ont été édictées, les Juifs étaient directement visés. Ils formaient l’élite intellectuelle de la ville, faisant partie de la bourgeoisie ou de la classe moyenne assez aisée. Pour eux ces lois furent une surprise. Ils ne pensaient pas qu’un jour, ils seraient discriminés dans leur propre pays. Exclus des écoles, des transports en commun, humiliés publiquement par les fascistes, ils s’attendaient au pire et le pire allait arriver. Le Prix Nobel de médecine de 1985, Mme Rita Levy Montaleini, aujourd’hui centenaire, avait fui en Amérique en 1938. Des camps de concentration étaient ouverts par le gouvernement de Mussolini pour y parquer les opposants politiques d’un côté et les juifs de l’autre. Cela se passait dans les environ de Carpi, à Fossoli en pleine campagne. Pour les juifs, il y avait huit baraquements où des familles entières étaient enfermées. Il y avait entre 150 et 160 personnes par chambrée. Les conditions de détention étaient « quasi correctes » racontent aujourd’hui des survivants, surtout comparées à ce qu’ils allaient vivre à Auschwitz ou a Bergen-Belsen où 92% des prisonniers furent massacrés par les nazis. Les opposants politiques étaient envoyés en Autriche à Manthausen. Primo Levi qui fut arrêté le 13 décembre 1943 dans la vallée d’Aosta à la frontière du Piémont en tant que politique, avoua durant son interrogatoire qu’il était aussi juif. Il fut envoyé immédiatement au camp de Fossoli où il resta un mois dans les baraquements réservés aux juifs, le sixième. Il fut déporté à Auschwitz le 22 février 1944. Il parle peu de Fossoli dans son livre « Si c’est un homme » : « On nous fit alors monter dans des autocars qui nous conduisirent à la gare de Carpi. C’est là que nous attendaient le train et l’escorte qui devait nous accompagner durant le voyage. C’est là que nous reçûmes les premiers coups : et la chose fut si inattendue, si insensée, que nous n’éprouvâmes nulle douleur ni dans le corps ni dans l’âme, mais seulement une profonde stupeur : comment pouvait-on frapper un homme sans colère ? »
Ce livre sur « la douleur sans espoir de l’exode que chaque siècle renouvelle », ne trouvera d’éditeur qu’en 1947. Il sera refusé par les grandes maisons. Le temps des paroles rapportées n’était pas encore venu. Tabou et volonté d’effacer ou d’éloigner la mémoire. D’ailleurs le livre n’aura aucun succès, ni chez la critique ni dans les librairies. Il ne fallait pas réveiller des souvenirs douloureux où des citoyens italiens ont plus que collaboré avec les nazis.
Sa discrétion et son courage furent remarqués par ses compatriotes dont témoignent certains survivants. Il assista aux exécutions des femmes enceintes et des personnes âgées, car non rentables pour le travail dans le camp en attendant la mort. Cet homme était profondément blessé et fondamentalement convaincu que les mots ne rapporteraient pas le poids d’une telle tragédie. Le 12 juillet 1944, les nazis tuèrent dans le camp de Fossoli 70 anti-fascistes. Leurs noms sont inscrits sur les murs du musée à Carpi.
Le camp de Fossoli est devenu un lieu de la mémoire. Il est visité par des écoliers (40 000 par an), des étrangers, des historiens, des familles ayant perdu un parent là. Une exposition permanente rappelle ce que fut ce lieu et cette époque. Il est intéressant de voir le premier numéro de la revue fasciste « La diffesa della razza » (la défense de la race) datant d’août 1938, un mois avant la mise en application des « lois raciales ». Des photos, des témoignages, des dessins, des maquettes, tout ce qui peut donner une idée de ce que furent ces années de désastre.
Du camp de Fossoli ainsi que ceux de Bolzano et de Trieste partirent des milliers d’êtres humains destinés à la mort. Au total, 8500 juifs et 35000 non juifs sont morts dans les camps allemands.
Le 1er août 1944 Fossoli est abandonné par les Allemands. Il faudra attendre 1955 pour qu’une exposition soit organisée par la municipalité communiste de Carpi. La synagogue principale, située à l’angle de la Place des Martyrs et de la rue Giulio Rovighi est vide. Elle sert de bureaux pour la Fondation de l’ex-camp de Fossoli. Les juifs de Carpi connurent des persécutions entre 1290 et 1294. Ce n’est qu’en 1719 que le ghetto sera fermé et auront la permission de construire un lieu de prière. Mais on ne leur rendait pas la vie facile. Ils s’en allaient. En 1898 il n’y avait pas plus de 30 juifs à Carpi, ce qui entraîna la fermeture de cette synagogue en 1922.
Plus loin, le musée de la mémoire situé face à la plus vieille église de Carpi, Santa Maria del Castello detta la Sagra. Des milliers de noms sont gravés sur les murs, des voix racontent, des dessins sur la pierre dont un de Picasso et un mur de Guttuzo en souvenir des exécutions de 350 civiles en représailles à l’attentat du 28 mars 1944 à Rome où furent tués 33 Allemands.
Des extraits de lettres des déportés jalonnent tous les murs du musée : « Les portes s’ouvrent… les voilà nos assassins. Vêtus de noir. Sur leurs mains sales ils portent des gants blancs » (Esther) ; « Je meurs mais je vivrai » (Alekscin) ; « Si tu aurais vu, comme j’ai vu dans cette prison, ce qu’ils font souffrir aux juifs, tu regretterais de ne pas en avoir sauvé encore plus » (Odoardo) ; « Je suis fier de mériter cette peine » (Pierre) ; « Que peut faire un homme qui se trouve en prison et qui est menacé de mort certaine ? Et pourtant, ils ont peur de moi » (Sawa) ; « Ma bouche vous portera sur les lèvres muettes » (Emile) ; « Attendre la mort, c’est fatigant » (Lidia).
Ainsi Carpi maintient vive la mémoire des victimes du fascisme et du nazisme. Ses habitants aiment aussi rappeler que c’est une région riche qui n’a jamais voté à droite et qu’elle cultive sa tradition culinaire réputée pour son Parmesan et son vinaigre balsamique. Un centre culturel situé en bordure de la grande place est très dynamique. On parle de la crise, et pourtant chaque année, un grand festival littéraire « Festival del racconto » y est organisé ; des écrivains et artistes italiens, des étrangers de renommée internationale y sont invités. Certains rappellent avec humour que les parents de l’acteur américain Ernest Borgnine sont des carpisiens. Ils disent « Carpi a donné au cinéma le plus célèbre deuxième rôle souvent méchant et cruel ; mais Ernesto Bordino (son vrai nom) est un homme si charmant ! ».
Tahar Ben Jelloun.

Ce n'est pas l'islam qu'il faut changer, mais les musulmans !

Posté le 27-11-2009

Par Tahar Ben Jelloun

Ce n’est pas l’islam qui doit changer mais les musulmans !
Par Tahar Ben Jelloun.

Le propre de toute religion est d’être conservatrice. Elle imprime de manière définitive et non équivoque ses valeurs et son message. Dogme sacré, intouchable, inchangeable. Telle est la donnée permanente du monothéisme. A partir de là, le croyant, celui qu’on définit comme « le fidèle » est libre d’interpréter les textes et de leur donner un sens responsable et même logique. Il se trouve aussi qu’on refuse la raison et qu’on fasse une lecture littérale, c’est-à-dire au pied de la lettre, ce qui débouche souvent sur des aberrations comme l’intégrisme et le fanatisme.
La foi en Dieu n’exclut absolument pas la liberté de penser. Au contraire, Dieu suscite cette liberté et encourage l’être à en user pour que sa foi soit fondée sur une valeur essentielle telle que la liberté. L’histoire de l’islam est jalonnée par des tentatives de rationalisation de la pensée et de l’action islamiques. L’école des Mu’tazilites donne du Coran une interprétation marquée par le pouvoir souverain de la Raison, Dieu étant lui-même Raison. Face à cette école, se dressent les représentants du conservatisme et de la Tradition. Ceux-là rejettent violemment la notion de libre arbitre de l’être humain. Ce débat prendra toute son ampleur au IXème siècle quand on a commencé à évoquer la nature de la Parole de Dieu. Le Coran est-il « créé » (les rationalistes) ou « incréé » (les traditionnalistes) ? Ce sont là deux visions du monde opposées. Ce sont les « littéralistes », les traditionnalistes qui l’ont emporté. L’islam qui prévaut aujourd’hui dans les pays du Golfe par exemple suit la pensée de Ahmad Abd El Wahab (XVIIIè s), le wahabisme, système rigoriste, appliquant la charia c’est-à-dire la juridiction dogmatique telle qu’elle a existé au VIIè s comme si le monde n’avait pas changé ni évolué. La question est de savoir comment lire et penser le Coran. Faut-il le lire de manière plate ou bien redonner toute sa force à cette parole dont la richesse est dans l’emploi du symbole et de la parabole.
Aujourd’hui, les excès des activistes fondamentalistes et leur ignorance manifeste à propos du sens essentiel du Coran, c’est-à-dire de son interprétation humaine, rationnelle et adaptée à l’époque, finissent par être contre productifs et nuisent non seulement à l’islam mais aussi à leur projet de société. Evidemment on me dira il y a de plus en plus de femmes voilées, il y a une recrudescence de la fréquentation des mosquées, il y a de plus en plus une affirmation de l’identité musulmane face à l’Occident. C’est vrai, le conservatisme marque des points, mais les tenants d’un islam tranquille, paisible, calme et vrai sont de plus en plus nombreux. Peut-être qu’ils ne s’expriment pas souvent, n’ont pas les médias à leur portée et n’osent pas affronter les fanatiques capables de prononcer des « fatwas » et même d’ordonner des exécutions ou au moins des excommunions pour « apostasie ».
Avant de voir comment un nouvel islam est possible, démontons les mécanismes des « traditionnalistes ». Très vite ils ont compris qu’il fallait s’emparer des médias notamment la télévision et ensuite l’internet. Les chaînes de télévision satellitaire qui inondent les foyers du monde musulman sont dans leur ensemble entre les mains de « Frères musulmans » (mouvement qui a pris naissance en Egypte en 1928) qui sont rompus dans la méthode de la propagande et de la démagogie. Un Egyptien, jeune, bel homme, habillé à la mode européenne comme un mannequin, a ravi le cœur de millions de jeunes femmes musulmanes dans le monde. C’est un phénomène spectaculaire. Il s’appelle Amr Khaled et s’inspire du style des Evangilistes américains, s’adaptant évidemment à la mentalité arabe traditionnelle et conservatrice. Il sait parler aux femmes ! Il utilise les mots qu’il faut, donne des exemples pris dans la vie quotidienne, séduit par son charme et son intelligence. Il a réussi parce qu’il a rompu avec l’image vieillie des théologiens barbus, utilisant la langue dogmatique.
Cependant, il n’y a pas qu’Amr Khaled. Il y a aussi d’autres intervenants, des femmes, des professeurs d’université. Ils jouent tous sur l’opposition à la civilisation occidentale (dont ils profitent pas mal à titre privé !) et affirment que tous les maux, tous les problèmes trouvent leurs solutions dans le Coran. Cette pensée simpliste fait des ravages. Elle retire à l’homme le sens de la responsabilité (ce qui est tout à fait contraire à l’esprit de l’islam) et le laisse entre les mains de gens qui pensent pour lui.
Non seulement des contre-sens sont commis, mais des erreurs et des mensonges sont affirmés avec force et sans explication. Prenons le cas du voile. Nous assistons depuis quelques décennies à l’expansion du voile parmi les jeunes filles et les femmes. Le cas extrême étant le port de la burqa ou « nikab » qui n’ont rien à voir avec l’islam mais viennent de traditions de pays comme l’Afghanistan et le Pakistan qui couvraient ainsi leurs femmes bien avant leur islamisation.
Le voile a été instauré par le Coran dans des circonstances précises. Mahmoud Hussein, pseudonymes de deux écrivains franco-égyptiens, ont écrit en 2009 un petit livre remarquable « Penser l’islam » (Ed. Grasset ; Paris) ; ils racontent comment le voile a été imposé aux femmes : « Cela se passait à Medine. Les femmes devaient sortir de la ville, à la tombée de la nuit, pour leurs besoins. Elles étaient alors souvent importunées par des voyous. Elles firent part de leur colère à leurs maris, qui en parlèrent à leur tour au Prophète. C’est à la suite de ces incidents que le verset coranique aurait été révélé à ce dernier. En revêtant un châle, les femmes musulmanes libres pouvaient se faire aisément reconnaître, et dès lors se faire respecter, même dans l’obscurité de la nuit. » (voir le verset 59 de la Sourate 33 )
On apprend par ailleurs que l’islam a de tout temps rejeté les signes ostentatoires ; la morale musulmane est dans la discrétion, la pudeur et même le silence. L’ostentation religieuse, comme par exemple l’affirmation de son identité musulmane par le port de vêtements voilant tout le corps, est assimilée par l’islam à de l’hypocrisie. On sait combien Dieu condamne les hypocrites et leurs semblables, c’est-à-dire ceux qui détournent son message pour une exploitation fanatique et idéologique. Nulle part dans le Coran il n’est permis de se tuer et de tuer des innocents. Le djihad n’a de sens que dans une guerre où il faut se défendre en se battant pour sauver sa peau et son pays. En outre le djihad a un autre sens, celui de l’effort pour mieux comprendre la pensée de Dieu et l’interpréter de manière intelligente.
Une femme qui entre dans une mosquée, dans une synagogue ou une église se doit de porter une tenue vestimentaire décente. D’où le conseil de couvrir les cheveux considérés par certains comme un élément érotique. Mais de là à ce qu’une femme se voile de haut en bas au point de devenir une sorte de « fantôme noir » ne laissant voir aucun centimètre carré de son corps, il y a un abus et une mascarade qui sont en contradiction avec l’esprit et la noblesse de l’islam.
Pour que cette image caricaturale de l’islam soit corrigée ou annulée, il faudra du temps et de la démocratie politique. Car sans liberté de penser, sans audace et rationalité, l’islam sera de plus en plus confondu avec ce qu’il n’est pas, avec ce qu’il n’a jamais été. Or que de crimes on a commis en son nom ! Mais au-delà de cette idéologie meurtrière –celle des Talibans et des gens d’Al Qaida--, il y a un réel problème politique dans la plupart des pays musulmans. Tant que la démocratie véritable ne régit pas la vie politique, les intégristes continueront de profiter de cette lacune pour faire triompher leurs thèses et entraîner dans leur sillage des jeunes qui n’ont plus confiance dans des dirigeants qui se font élire à plus de 90% de voix et souvent cèdent le pouvoir à leurs progénitures. Ainsi le problème est politique et pas religieux, même si les tenants de la laïcité –respect des religions mais séparation d’avec la sphère politique— ont du mal à faire entendre leur voix.
Il faut affirmer, comme l’a fait Mahmoud Hussein, qu’ « on ne peut pénétrer le sens de la plupart des versets du Coran, sans les replacer dans le contexte historique où ils ont été révélés » et puis : « Comment prétendre, quatorze siècles plus tard, que tous les versets du Coran sont à suivre tels quels, au mot près ? »
Depuis l’époque du Prophète, le monde a changé dans tous les domaines. L’islam dans son essence ne cesse d’encourager l’être à s’adapter au monde, à chercher partout le savoir et à rencontrer les autres peuples parce que leurs différences sont un atout et une richesse. On attend que d’autres orateurs prennent la parole pour sortir l’islam de cette image hideuse et fausse, celle qui lui fait du tort et le place en danger pour les autres peuples. Pour cela, il faudra réviser les manuels scolaires et instaurer la démocratie. Un programme quasi utopique.
Tahar Ben Jelloun.

Identité nationale

Posté le 27-11-2009

Par Tahar Ben Jelloun

Identité nationale : un débat inutile.
Par Tahar Ben jelloun
La population européenne est-elle en train de changer de composantes, de couleurs et d’apparences ? Serait-elle en train de ressembler à ce que le poète Laurtréamont disait de la mer dans « Les chants de Maldorore » : « Vieil océan, tu es le symbole de l’identité : toujours égal à toi-même. Tu ne varies pas d’une manière essentielle… » ? Sauf que le paysage humain de la nouvelle Europe varie chaque jour davantage. Il suffit de regarder la foule dans les rues de Paris, Londres, Francfort ou Turin. Le mélange est visible. Le blanc n’est plus seul représentant de la civilisation occidentale. L’effet des nombreuses et diverses immigrations dont certaines sont structurellement installées dans le pays est évident : le métissage progresse, la culture s’enrichit d’apports nouveaux que ce soit en musique, en littérature ou en gastronomie. L’immigration est passée à une autre étape. Nous ne sommes plus au temps de l’arrivée de paysans analphabètes des montagnes du Maroc ou de l’Algérie. Des familles se sont regroupées et des naissances nombreuses ont eu lieu sur le territoire européen. Ces enfants issus de l’immigration ne sont pas des immigrés. L’amalgame est souvent fait par des médias ou des hommes politiques. Ces enfants sont des Européens par le droit du sol et aussi par le droit de la mémoire. Ils ne connaissent du pays de leurs parents que peu de chose ; en revanche, leur univers mental et psychologique a été forgé dans les écoles et les rues de cette Europe qui les regarde comme des citoyens de seconde catégorie. J’ai rencontré lors du premier colloque des Ecritures méditerranéennes à Marseille (du 20 au 22 novembre 2009) une classe d’une école primaire. Les enfants s’appellent Bilal, Fatema, Marianne, Zeinab, Moktar, Kevin… tous Français, nés en France et parlant parfaitement le français. Ils sont blancs, noirs, d’origine arabe, turque, vietnamienne, arménienne, française de souche. Pour eux, la question de l’identité n’existe pas. En revanche, ils m’ont posé des questions sur le racisme, sur l’islam, sur la paix entre Juifs et Arabes. A aucun moment la question de l’identité n’a effleuré leur esprit.
C’est aussi le moment choisi par le ministre français de l’immigration et de l’identité nationale, M. Eric Besson pour lancer un débat autour de la question de l’identité française. C’est quoi être français ? Est-ce le fait d’appartenir à une communauté de langue, de culture et de religion ? Ou bien est-ce le fait d’être né sur le sol du pays même de parents étrangers ?
Cette question d’identité est légitime quand elle est posée par les gendarmes ou la police des frontières. Mais lorsque les politiques s’en mêlent c’est qu’il y a un malaise, une interrogation suspecte. L’identité n’est pas un bloc en béton, quelque chose d’immuable et surtout de définitif sinon c’est du nationalisme et l’on sait le danger de ce sentiment qui peut déboucher sur des hystéries collectives, des dérives excessives et dangereuses. Quand des identités s’affrontent ça se passe souvent très mal. Les guerres en Ex-Yougoslavie ont démontré combien le nationalisme pouvait être meurtrier.
La pureté est l’unique épice qui ne doit en aucun cas entrer dans la composition du concept d’identité. Hitler était nostalgique de cette fameuse pureté de la race, laquelle débouchera sur le plus grand génocide de l’histoire. Etre identique ! Etre unique, l’individu est non seulement unique mais aussi ressemble à tous les autres individus ; nous nous ressemblons parce que nous sommes tous uniques. Notre identité est dans cette diversité et cette unicité. Nous savons depuis longtemps qu’une identité qui se ferme se dessèche et perd de son parfum et de son âme. Un identité est ce qui donne et reçoit. Rien n’y est figé ou définitif.
La France d’aujourd’hui, l’Europe d’aujourd’hui sont sollicitées pour accepter avec optimisme et chaleur ce qu’elles sont en train de devenir. La chance est là, dans ces apports multiples et variés, dans l’acquisition de la langue et de la civilisation des Européens.
Doit-on applaudir une équipe de football qui joue de façon médiocre ou qui triche parce qu’on est du même pays ? Le sport est devenu un vecteur de symboles politiques. Des nations s’affrontent sur un terrain. Comme ironisait J.L Borges que je cite de mémoire « le Honduras a écrasé le Mexique ! ». Ou alors toujours lui qui disait à propos de l’identité argentine : « Les Egyptiens descendent des Pharaons et les Argentins du bateau ».
Les uns comme les autres ne s’encombrent pas de débats inutiles sur leur identité nationale. C’est dans ce sens que l’ancien premier ministre de François Mitterrand, Michel Rocard a dit que « ce débat est stupide ». Il a raison, l’Europe a d’autres chantiers plus importants dont elle doit s’occuper : le devenir de ces millions d’enfants nés Européens et traités comme des étrangers ! Il est temps que ces Européens rejoignent l’Europe de manière naturelle et sans histoires. Pour cela, il faut admettre qu’une identité est une maison ouverte et qu’elle s’agrandit et s’enrichit chaque jour.
Tahar Ben Jelloun

Giacometti ; exil, soitude

Posté le 30-09-2009

Par Commentaire d'Yves Guignard sur les deux conférences faites à Basle sur Giacometti et à Berne sur "e

Ces points de rencontres entre de vastes déserts. Récit et réflexions suite à deux conférences de Tahar Ben Jelloun.

L’écrivain franco-marocain Tahar Ben Jelloun possède l’une des plumes les plus mélodieuses de toute la francophonie. Mieux encore, au bord de ce continent en péril, l’homme fait figure de phare. Non pas seulement parce que la langue n’est jamais mieux mise en lumière que par ses marges, que l’on songe à tout ce qu’ont pu apporter à la littérature française les Léopold Sédar Senghor, Georges Rodenbach, Charles Ferdinand Ramuz – pour ne prendre égoïstement que les premiers exemples qui nous passent par la tête – mais aussi parce que Tahar Ben Jelloun est l’écrivain d’expression française le plus traduit au monde. Il est un ambassadeur et un passeur qui sait atteindre à l’universel grâce à une poésie propre, ciselée, qui puise, dans la richesse de la langue, la matière de sa propre fortune par des narrations dont l’exotisme rend songeur, touche au plus profond, et laisse au passage une espèce de parfum et quelques traces délicates, tel du sable.
Or, lorsque l’écrivain, récemment fait grand officier de la Légion d’honneur par Nicolas Sarkozy, est de passage en Suisse, ce n’est pas la Suisse romande qu’il honore d’une visite, doublée d’une conférence, mais les villes de Bâle et de Berne, toutes deux alémaniques et francophiles comme l’on sait.
Tout attentive à rendre compte de l’actualité culturelle, littéraire et en particulier francophone de ces régions, la revue des Lettres et des Arts a donc dépêché votre serviteur dans le sillage de l’écrivain afin de témoigner de deux soirées exceptionnelles, qui ont eu lieu les mercredi et jeudi, 16 et 17 septembre 2009.

La première, la ville rhénane, s’est faite une joie d’accueillir l’auteur dans un cadre qui compte parmi ses joyaux, puisque c’est à la Fondation Beyeler qu’on lui a dressé une tribune. Un tel lieu n’était en rien innocent dans la mesure où la conférence portait sur un personnage qui occupe une place de choix aussi bien dans l’univers de Tahar Ben Jelloun que dans les salles d’exposition du musée de Riehen. Alberto Giacometti a été en effet au cœur d’une soirée qui a permis aux participants de découvrir ou de redécouvrir l’exposition consacrée à l’artiste suisse avant d’en entendre parler par l’un de ses intimes. Oh, que l’on n’imagine pas aussitôt que les deux artistes se sont connus ; lorsque Tahar Ben Jelloun quitte le Maroc pour Paris en 1971, un cancer a emporté Giacometti depuis cinq ans déjà. Leur rapport, qu’on voudrait nommer une affinités élective mais qui est peut-être davantage, par delà les années et par delà l’absence, n’en reste pas moins une intimité.
D’ailleurs, selon les propres mots du commissaire de l’exposition, Ulf Kustler, « s’il devait n’y avoir qu’une seule personne pour venir parler d’Alberto Giacometti à la Fondation, il fallait que ce soit Tahar Ben Jelloun ».
Touché sans doute par une telle requête, ce dernier, entre deux séances du jury du Goncourt auquel il siège depuis 2008, a ainsi fait le voyage pour se rendre à Bâle afin de parler de cet artiste auquel il a consacré un livre en 1991. La soirée durant laquelle l’écrivain a évoqué Giacometti était bien entendu sous le patronage de ce texte, réédité chez Gallimard en 2006, mais pas uniquement. Avant tout, et aussi surprenant que cela puisse paraître, il s’agissait de la première conférence de l’écrivain sur ce sujet.
Avec beaucoup de pudeur, Ben Jelloun s’est aussi gardé de se poser en spécialiste et a refusé qu’on le voie comme une autorité quelle qu’elle soit. Giacometti, comme il l’a rappelé, reste pour lui l’artiste qui est parvenu à peupler la « rue d’un seul », cette ruelle de la médina de Fès, lieu mythique de l’univers de l’écrivain, si étroite qu’il est impossible à deux hommes de s’y croiser. Avec la découverte des figures filiformes de Giacometti, cette ruelle pouvait devenir le lieu d’une fête ; cette rencontre allait sceller comme une connivence entre les deux artistes. « C’est comme si je me retrouvais chez cette homme que je n’ai pas connu » telles furent parmi les premières paroles du conférencier avant qu’il ne parle de sa vision très personnelle de Giacometti, notamment dans son lien avec d’autres artistes. Rentré d’un séjour récent à Londres où il a vu l’exposition consacrée à Francis Bacon, Ben Jelloun assure qu’il y voit tout le contraire du Suisse. « Jamais je ne pourrai vivre avec un Bacon » assène-t-il. Pourtant, il y décèle, avec justesse, une même radicalité, une même volonté de mettre l’homme à nu. Mais tandis que Bacon, avec une violence hurlante, taille dans la chair le théâtre de cette mise à nu, Giacometti œuvre dans le dépouillement et le silence le plus total. C’est cela qui touche l’écrivain au plus profond tandis qu’il cite à ce propos Genet : « Il fait le propre dans le corps ». Plus tard, après maintes anecdotes concernant Giacometti, son parcours, ses errances nocturnes, sa fréquentation des prostituées, Ben Jelloun poursuit ses comparaisons et ses confrontations entre les œuvres de Giacometti et celles d’autres artistes. Ce faisant, il crée des images. Il oppose la gourmandise d’un Rodin à la disette d’un Giacometti. Il confronte ensuite la magnificence sensuelle, les rondeurs et le désir d’un Renoir, aux femmes de Giacometti, qu’il décrit « décharnées », « sans attirance ». Le Suisse met ainsi en scène des corps que « la chair aurait habité, et puis abandonné ». Et Ben Jelloun d’évoquer alors le miroir que nous tend Giacometti par le biais de ces figures spectrales, où vient se refléter notre anxiété. Toute la leçon que nous offre le plasticien se trouve dès lors dans ses figures en cela que, par son travail, il nous apprend à faire face à cette anxiété. « Il voyait l’humanité dans sa vérité » conclut-il « ce, sans le début d’un jugement et surtout sans cynisme ».
Les vérités que nous dévoile Giacometti sont enfin mûries dans le secret d’un espace intérieur qui entre en contradiction totale avec l’atelier de l’artiste. Ce témoignage, Ben Jelloun est en mesure de nous l’apporter puisqu’il a fait lui-même le pèlerinage de la rue Hippolyte-Maindron, à propos duquel il a écrit un texte, édité à la fin du volume et intitulé Visite fantôme de l’atelier. Ben Jelloun décrit les lieux comme l’espace « le plus minuscule possible » et dont l’exiguïté était comme nécessaire à Giacometti pour mieux le mettre en présence de « son espace intérieur » qui, lui, s’ouvrait sur l’infini. La mise en scène, dans l’exposition, qui présente une minuscule statuette, seule et rayonnante dans l’immensité d’une salle vide, touche absolument à l’essentiel selon l’écrivain. « Giacometti l’aurait beaucoup aimé, il est comme ça, c’était bien son espace ».
Cette intimité avec l’artiste, telle celle d’un « parent qui aurait vécu chez nous à Fès », a offert à Ben Jelloun la matière non seulement d’un très beau texte aujourd’hui bien connu, mais encore, tout récemment, d’une pièce de théâtre. Et la soirée de la Fondation Beyeler de se terminer sur la lecture d’extraits de ce texte, encore inédit, jusqu’à sa création que tous, y compris l’auteur, espèrent très prochaine. Or, tout comme Giacometti a su se montrer un orfèvre du vide et du dénuement à l’intérieur de son œuvre, le parti pris de Ben Jelloun afin d’évoquer l’artiste suisse dans ce deuxième texte est justement celui de l’absence. L’action est à Tanger, dans un café au bord de la mer, Samuel Beckett y retrouve Jean Genet et tous deux, qui se rencontrent pour la première fois, vont évoquer leur ami commun. Alberto prend des airs de Godot et se fait attendre en vain, quoiqu’il veille à sa façon, tutélaire, sur la scène.

S’il y a justement une personnalité qui nous permet de tisser un lien fort entre les deux conférences, c’est bien l’écrivain Jean Genet, qui a été, lui, un ami de Tahar Ben Jelloun durant de nombreuses années.
La soirée bernoise du lendemain a eu pour thème exil et littérature. « Sujet de bac ! » a plaisanté l’écrivain, qui sentait le sujet un peu piège, au moment de prendre la parole devant les membres de l’Alliance Française de Berne. Qu’à cela ne tienne, car quand le vin est tiré, il faut le boire. Et ce thème cher à Ben Jelloun a été l’occasion d’une conférence fort riche qui a su mettre en parallèle la présentation de son dernier roman Au Pays avec des réflexions nourries aussi bien de sa fréquentation des grands auteurs que de son expérience de psychothérapeute et de travailleur social.
L’exil, d’après Ben Jelloun, ne se résume pas à l’émigration, puisque cette dernière comprend l’idée du retour, mais se définit plutôt par un « arrachement sans retour possible ». L’exil de Mohamed, le héro de son dernier roman, va se cristalliser suite à une révélation qu’il va vivre au moment de son départ à la retraite. Ce Marocain émigré en France est sur le point de rentrer au pays avec ses économies lorsqu’il se rend compte que ses enfants, qui n’ont connu que la France, n’ont pas la moindre intention de le suivre dans ce retour. Or, ce retour sans sa famille est justement ce qu’il conviendrait d’appeler « un retour impossible ». Sans s’en rendre compte, Mohamed a élevé, comme il a pu, de véritables petits Français et ces derniers le condamnent dans une forme d’exil qu’il n’a pas choisi. Son destin imperceptiblement lui a comme échappé des mains.
Si tous les écrivains ne sont pas des exilés, Tahar Ben Jelloun a soulevé la question de savoir si toute littérature n’était pas tout de même une expression de l’exil. Car l’écriture, au fond, ne survient-elle pas nécessairement « d’un pays lointain » selon les mots d’Henri Michaux ?
« Derrière chaque écrivain, il y a un malheur ou un traumatisme » a continué Ben Jelloun pour nous rappeler aussitôt à l’esprit cette grande famille des écrivains « voyous », en rupture avec les termes de la société. L’exil, s’il donne lieu aux mêmes conséquences, ne procède pas toujours des mêmes circonstances, et Ben Jelloun de distinguer à titre d’exemple, celui de la folie avec Artaud, celui de la langue avec Kundera ou celui du plus absolu des déracinements, celui de Mahmud Darwich, le poète palestinien, qui disait « habiter dans [sa] valise ». Ben Jelloun n’oublie pas, au passage, d’évoquer la figure de Samuel Beckett, un « rigolo », vagabondant entre deux langues.
Mais, il n’est pas nécessaire pour autant d’être déraciné, chassé de sa terre, loin de sa langue, ou hors des cadres de la raison pour devenir un voyou et l’exemple de Jean Genet, avec lequel Ben Jelloun va terminer sa conférence, illustre à merveille cet autre thème capital qui est celui de l’exil intérieur. Genet, abandonné à la naissance comme l’on sait, va devenir un exilé social, qui va trouver dans l’exercice de l’écriture son principal instrument de révolte. Les aléas de la vie l’ont conduit en prison, où son moyen de lutter va passer par l’écriture, qui deviendra d’autant plus belle et d’autant plus parfaite que sa cellule est triste et insalubre. La pureté de la langue se transforme en un outil de résistance, pour continuer à parler du pays lointain, dans le cas présent, pour tenter d’en revenir. Une fois dehors, c’est au service des autres que l’éternel révolté va tremper son bec – on eût dit, en d’autres temps, son glaive. Pourtant nulle vérité, nulle cause que « de circonstance » : « Le jour où les Palestiniens auront un état, je ne les connaîtrai plus ! » sont les mots confiés à Ben Jelloun au plus fort d’une cause qui a tant occupé Genet. De là à se demander si cinquante ans auparavant Genet eût été du côté des Juifs, il n’y a qu’un pas que le conférencier ne franchit pas. Il évoquera encore les homosexuels, tant empressés de se ranger derrière la bannière du Genet revendicateur. « Il les détestait » nous confie Ben Jelloun qui raconte les emportements de Genet. En effet, ces derniers militaient pour l’égalité et le respect de leurs orientations sexuelles, ils étaient à des lieux de comprendre l’homosexualité de Genet, cette homosexualité qu’il vivait comme une rébellion, un crachat au visage de la société et qu’il aurait pris comme une insulte qu’on eût pu l’accepter. Genet a vécu en exil dans son propre pays, dans des chambres d’hôtel, avec pour seul bagage, chiffonné au fond de son étui à lunettes, le numéro de téléphone de son éditeur et de quelques amis sur un bout de papier.
L’œuvre artistique prend sa source dans l’exil intérieur en cela qu’elle seule va pouvoir traverser ses espaces infinis et témoigner au bout du chemin de ce qu’ils ont à nous apprendre sur l’homme. Cet exil-ci, il ne fait aucun doute que Genet l’a partagé avec Giacometti, d’où probablement leur si belle entente. Comprendra-t-on par Genet, celle de Ben Jelloun avec Giacometti ? Ou, finalement, ne pourrait-on voir ici le fil invisible qui les relierait tous les trois ?
Le conteur de ces deux belles soirées s’est interrompu sans conclure sur ce point, il n’avait pas à tirer de traits d’union entre les deux conférences, son public n’a pas été deux fois le même. Notre fantaisie a été de le faire, espérant avoir témoigné avec honnêteté des nombreux horizons ouverts par Tahar Ben Jelloun.

"Leaving Tangier"

Posté le 28-09-2009

Par Un article dans la presse anglaise sur "Partir"

CHROMA
Saturday, September 26, 2009
Review: Leaving Tangier by Tahar Ben Jelloun

Leaving Tangier
Tahar Ben Jelloun
Translated from the French by Linda Coverdale

Published by Arcadia Books Ltd

Reviewed by Max Fincher


Honest, informative and moving, Leaving Tangier by Tahar Ben Jelloun is a novel that explores the struggles facing young Moroccan people who want to leave their country in search of a better life. It is a novel that explores dreams, aspirations, isolation, and the need to find a better existence, but leaves us with an overwhelming sense that these dreams are eventually disappointed.

The central character, Azel, has studied law and lives with his mother, Lalla Zohra, and his sister, Kenza, in Tangier. Unemployed, he feels disaffected, and frustrated at not fulfilling his potential. His sister, Kenza, works as a nurse in a private clinic for a miserly surgeon. Azel spends his days in the local cafe where: ‘Long pipes of kif pass from table to table while glasses of mint tea grow cold, enticing bees that eventually tumble in, a matter of indifference to customers long since lost to the limbo of hashish and tinselled reverie’ (p.1). Jelloun evokes a sense of endemic apathy in Azel’s community, where everyone yearns for what they think is a better life across the 8-mile stretch of water to mainland Spain. Azel’s narrative voice is dream-like. He exhorts the young people of Tangier not to ‘give in to the siren call of sadness’ but to believe in the figure of Toutia, a mythical, redemptive woman who offers them hope to cross to Spain.

Al Afia, a local crook and pot dealer, also arranges for people to be smuggled across the water. He is hated by Azel, who holds him responsible for the tragic death of his cousin Noureddine in a boat crossing, along with several others who drowned. A brutal, hard man, Jelloun’s description of Al Afia’s regime of corruption is portrayed with unflinching honesty: ‘he buys everyone, of course, this country is one huge marketplace, wheeling and dealing day and night, everybody’s for sale, all you need is a little power, something to cash in on’ (p.6). ..we stink of corruption, it’s on our faces, in our heads buried in our hearts’ (p.6). Jelloun captures the sense of powerlessness that young men like Azel feel against the corruption of men like Al Afia, who can arrange freedom for a price who dominates their lives: ‘a man so feared, so loved, - or rather, protected – by those who lived off his generosity’ (p.9). Corruption extends everywhere. When Miguel is beaten up by the police who arrest him on a false drugs charge, the police use the opportunity to rape him in prison. Azel calls on Miguel, a wealthy Spanish art dealer who picked him up in the café, to come to his rescue. Employed as a waiter at one of Miguel’s parties, Miguel arranges for Azel to live with him in his villa in Barcelona. For Azel, Miguel epitomizes elegance and luxury, and as Azel hopes, his salvation to a better life abroad.

Miguel’s characterisation follows a long line of gay men, both literary and factual, who enjoy Moroccan men as exotic commodities, as sexually available for a price. We are told that Miguel ‘loved the ‘awkwardness’ of Moroccan men, by which he meant their sexual ambiguity’ (p.32). Azel is entranced and blinded by Miguel’s glamorous lifestyle in Tangier, only to be deeply disappointed when he arrives in Barcelona and is treated like a house boy. Azel encounters prejudice from Carmen, Miguel’s old housekeeper, who represents the conservative traditionalist fears about immigrants. Unhappy, he secretly seeks affection from a prostitute, Soumaya, also an emigrant from Tangier.

Azel and Miguel’s relationship gives us an insight into contemporary Moroccan attitudes to homosexuality that points up how difficult it is to grow up gay in Muslim culture. Azel repeatedly refers to himself as a ‘prostitute’ or a ‘whore’ to Miguel, while at the same time pursuing a relationship with Soumaya where he attempts to prove his masculinity to himself. Azel’s confesses that his relationships with girls were episodic but straightforward: sex was the object, nothing else’ (p.20). He admits to his girlfriend, Siham, that he doesn’t like anal sex: ‘When I was a kid, in my times, I did it a few times with boys, never with girls. I don’t like it much’ (p.25). What emerges in the novel is the overwhelming disdain that Moroccan men, even gay men Moroccan men, feel for the figure of ‘a zamel, a passive homosexual. The ultimate shame!’ Al Afia is a contradiction to Azel’s mind: ‘A man so powerful, so good, lying on his belly to be sodomized!’ That Siham confesses that she can take it both ways, and prefers anal sex because it preserves her virginity, may be one explanation for Azel’s disgust. When Abdeslam, Noureddine’s brother confesses to Azel that he likes having sex with men and to keep it a secret to himself, Azel is shocked: ‘You’re a homosexual’. Abdeslam denies the label, arguing that for him it’s a matter of what he prefers at any given time: ‘I switch back and forth’. What emerges is that Azel views his sexual relationship with Miguel purely as an economic transaction, as another part of his job. There is a culture of secrecy and repression in Moroccan society over men admitting that they desire each other, especially passively, which is associated with Western-European society: ‘In our country, the zamel is the other guy, the European tourist, never the Moroccan, and no-one ever talks about it but it’s not true, we’re like all the other countries, except we keep quiet about those things’ (p.107). Internalized homophobia and repression still operate powerfully in the minds of men like Azel, who admits to not loving Miguel and to their relationship being one based on selfish reasons on both sides.

Azel confesses to Siham, that he feels guilty about having sex with Miguel. He feels desperate that he will end up ‘doubting my own sexuality’. It is difficult to gauge how far Azel is bisexual, confused or suffering from denial and internalized homophobia (p.66). At one point in his diary he notes his complex feelings about being Miguel’s lover, and his fears over what he thinks his mother would think of him: ‘How can I tell her that her son is just an attaye, a faggot, a man who crawls on his belly, a cheap whore, a traitor to his identity, to his sex?...One can’t talk about such things’ (p.68). Later, Miguel reflects that ‘He was always watching himself, afraid of his impulses and couldn’t manage to be spontaneous when they made love’. However, the novel shows that Miguel’s treatment of Azel, treating him like a slave, commanding him to perform the role of a submissive servant and sex object hardly helps matters. We discover that Miguel has adopted two twins, and admits that the ‘gesture is both selfish and generous’, as he is afraid of dying old and alone. His need for Azel is just as selfish: to make him feel younger and desired. Nevertheless, Azel also uses Miguel: he asks him to marry his sister, Kenza, in order that she can secure a visa. As Miguel observes: ‘...there was something in Azel’s eyes that was difficult to put into words, a kind of pseudo-smile, an implicit way of revealing and inadmissible form of deception’ (p.92). By agreeing to marry Kenza though, Miguel hopes to ‘make Azel more manageable’. At no point does the reader feel that Miguel is a victim of a fortune hunter like Abbas, a man whom Azel become friendly with in the barrio of Barcelona, and who later confesses to cynically exploiting rich old gay men, one of whom turns out to be Miguel’s friend.

Jelloun is aware of how, historically, Morocco has lured Western gay writers, like Jean Genet, because Moroccan men have been seen as sexually available. Miguel self-consciously compares himself to Genet at one point in the novel, but one feels that this is a fantasy Miguel indulges in as a self-consciously civilized, middle-class aesthete: ‘Azel thinks I’m Jean Genet, you know – that French writer who used to come to Tangier, a rebel, a great poet, a homosexual who had served time prison for theft....It’s curious – even though I’m sure Azel hasn’t read Genet, he must think he’s pleasing me by acting like street trash. (p.132). Earlier, we are told that ‘Miguel had read the works of Jean Genet and wondered why he loved to say that Tangier was the city of perfidy’ (p.92). Perfidy, or deceit, is the essential theme to many of the lives and stories told here, most notably for how Jelloun feels that the socio-political conditions of Morocco has frustrated and disappointed their dreams and aspirations. Both Azel and Kenza practice deceit, and are in turn deceived by a dream of a paradisal European life that turns into nightmarish struggle to survive economically and socially.

Tahar Ben Jelloun

A multitude of stories are told in Leaving Tangier, of lives lived under the yoke of poverty, oppression and corruption. The stories of Azel’s family – his protective mother, Lalla Zohra who survives selling contraband luxury products, his sister Kenza, his wife, Siham and his friend Malika, educated but enslaved in the local shrimp factory – all give the reader an insight into how hard life can be. As we later learn, even Miguel’s story is similar to Azel’s own. Miguel’s friend Gabriel tells Azel that Miguel’s family were poor and that ‘like you, he had to follow a man, a rich and powerful English lord’. Each of the characters’ narratives in turn draws out unexpected congruences and parallels between each other, and each story fits into the web of shared experiences.

Leaving Tangier is also important for how it explores some of the potential causes and reasons for the rise of Islamic fundamentalism in Morocco. We are shown how intelligent, talented young people can be twisted by desperate circumstances to believe in fundamentalist rhetoric that, while seeming to offer freedom and independence, is ultimately restrictive and oppressive. Unconvinced by the arguments of a man he meets in the café, who tries to recruit him to an Islamist cause, Azel is warned that he will miss Tangier once he leaves: ‘You’ll miss your culture, your religion, your country. We are against emigration, legal or clandestine, because our problems are things we have to solve here and now, without counting on others to fix them for us’. Mohammed Labri, Azel’s friend, joins a fundamentalist cause when he experiences life in Brussels, to disappear to Pakistan ‘never to be seen again’.

Importantly, the novel does not give us a one-dimensional perspective of how and where racism occurs. Azel is shocked and disgusted when he discovers that Kenza is having sex with Nazim, a Turkish man living in Spain whom she befriends. After abusing Nazim to Kenza, she asks him which other nationalities he hates and if this includes Arabs. His reaction shows that he is filled with self-loathing: ‘Arabs? I could never stand them. I’m an Arab who doesn’t like himself’ (p.144). Despite being treated badly by people like Carmen, and ultimately Miguel, Azel’s emotional immaturity and possessive attitude to his sister’s relationship prevent him from him seeing that his own view of Nazim is no different to the way that some Spaniards think of him. More broadly, the novel shows that crossing the water is two-way traffic; the Spanish or ‘Spanoolies’ as they termed who have emigrated to Morocco suffer from the same kind of attitudes that Moroccans encounter in Spain. Jelloun’s reminds us of how fragile a country’s social-political conditions can be and how these conditions can change with time. Not so long ago, it was Morocco that was perceived as a haven for the Spanish from the repressive tyranny of Franco’s regime in Spain. We see Miguel discovering a journal of his father that gives and account of the lives of political refugees in Morocco in the 1950s, and Miguel’s surprise at discovering that it was the Spanish who were the ‘illegal aliens’. When Kenza tried to commit suicide, Miguel finally understands the devastating psychological effects of unhappiness and broken dreams: ‘Miguel now realized that there was something terrifying about the loneliness of immigration, a kind of descent into a void, a tunnel of shadows of warped reality’ (p.199).

Fittingly, the novel finishes on the theme of return with a poetical, dream-like chapter that depicts a universal voyage back to Tangier under the guidance of Toutia, and which symbolizes an infinite number of journeys that have been both desired and undertaken for centuries. As in other of his novels, Jelloun employs the everyman figure of Moha, ‘a holy fool’, an itinerant storyteller who appears and who symbolizes Morocco’s hopes and dreams. As Don Quixote explains to the captain and those assembled: ‘He’s the immigrant without a name! This man is who I was, who your father was, who your son will be...we all hear the siren call of the open sea, the appeal of the deep, the voices from afar that live within us, and we all feel the need to leave our native land, because our country is not rich enough, or loving enough, or generous enough to keep us at home’ (p.219).


Max Fincher wrote his PhD at King’s College London, a queer reading of late eighteenth-century Gothic fiction that was published as Queering Gothic Writing in the Romantic Age by Palgrave Macmillan (2007). He has taught part-time on eighteenth-century fiction and women’s writing, at both King’s College London and Royal Holloway, and is an occasional book reviewer for the TLS. He is currently writing his first novel, tentatively titled The Pretty Gentleman, a queer historical thriller set in the Regency art world.

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